Langue française : « Impacter », « un call »… ces anglicismes insupportables au travail à remplacer d’urgence

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Un auditeur de Radio Classique, qui adore Et si on parlait français ?,  a exprimé son exaspération : il n’en peut plus d’entendre « impacter », « faire un call » ou « mettre une occurrence ». Son message résume à lui seul le malaise croissant que ressentent de nombreux francophones face à l’invasion des anglicismes dans le vocabulaire professionnel et politique. Alors, que faire ? Décryptage, pas à pas.

 

« Impacter » : un faux ami bien installé

Le verbe impacter est un anglicisme issu du verbe anglais to impact, auquel on a simplement ajouté la terminaison -er des verbes du premier groupe. Le substantif impact et le participe présent impactant connaissent le même sort.

Ces termes existent pourtant bel et bien en français, mais ils n’ont pas le sens qu’on leur prête aujourd’hui. Ils sont issus du verbe latin impingere, signifiant « heurter ». À l’origine, impact désigne la collision entre deux corps, ou la trace laissée par le choc d’un projectile.

C’est au début des années 2000 que le terme impacter fait son apparition avec un tout autre sens dans le vocabulaire des entreprises, de la politique et de la publicité. Il prend alors la signification de « avoir des conséquences ». Soudainement, les lois deviennent impactantes, et les décisions politiques se mettent à impacter la vie quotidienne des Français.

Il existe pourtant une pléthore d’équivalents français parfaitement adaptés : impact peut être remplacé par effet, mais aussi, selon le contexte, par conséquence ou répercussion. Quant à impacter, les verbes toucher ou affecter s’imposent naturellement.

« Faire un call » : le jargon de bureau

Autre incontournable du jargon professionnel contemporain : faire un call. Pourquoi ne pas dire simplement appeler, téléphoner ou, le cas échéant, faire une visioconférence ? L’expression faire un call sonne comme le symbole d’un certain conformisme linguistique propre au monde de l’entreprise.

« Mettre une occurrence » : l’anglicisme discret qui s’invite dans les réunions

Enfin, mettre une occurrence est peut-être la moins connue de ces expressions. Elle signifie tout simplement réserver un créneau sur un agenda électronique. Si le mot occurrence est bien d’origine française, son emploi dans ce contexte est calqué sur l’anglais, où il désigne un événement. Il suffirait de dire inscrire une date dans un agenda ou réserver un créneau — plus simple, plus clair, et infiniment plus élégant.

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Ces trois exemples illustrent une tendance de fond : le glissement progressif du français professionnel vers un hybride franco-anglais, souvent inutile, parfois absurde. La langue française ne manque pas de ressources pour exprimer ces réalités. Encore faut-il prendre le temps de les utiliser.

Karine Dijoud

 

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