Lorsque le titre d’un journal ou d’une œuvre est au pluriel, comment doit-on accorder le verbe qui l’accompagne ? La question, en apparence simple, réserve quelques subtilités grammaticales.
Dans la plupart des cas, l’accord se fait au singulier, car on sous-entend le nom générique — le journal, le roman — avant le titre proprement dit. Pour éviter toute confusion ou tout accord qui sonne mal à l’oreille, il est conseillé d’exprimer explicitement ce nom générique. Ainsi, on écrira de préférence : « Le prix du pétrole augmente », écrit le journal Les Échos.
La même logique s’applique aux titres de romans : « le roman Les Misérables de Victor Hugo a été adapté avec succès au cinéma ».
Il reste toutefois possible d’accorder le verbe avec le nom du titre lui-même, bien que cette tournure soit moins répandue : « Les Misérables ont été adaptés en film ».
Un cas particulier : quand le premier mot désigne un genre
La règle change lorsque le titre commence par un nom commun qui désigne un genre. C’est le cas, par exemple, des Dernières Nouvelles d’Alsace : le mot nouvelles ouvre le titre et en constitue le premier élément significatif. Dans cette configuration, l’Office québécois de la langue française préconise d’accorder le verbe avec ce nom.
On écrira donc : « Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont publié les chiffres du dernier marché de Noël ».
Ce principe s’applique également aux titres sans déterminant. Ainsi, pour Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, on écrira : « Les Mémoires d’une jeune fille rangée ont été publiés en 1958 ».
À noter : publiés s’écrit ici avec un é et un s, car mémoires est un nom masculin pluriel, il désigne la mise à l’écrit des événements dont une personne, un mémorialiste, a été témoin, à l’image des Mémoires de Chateaubriand ou de Saint-Simon.
L’Humanité est « distribué » ou « distribuée » dans tous les points de presse ?
La question du genre peut également se poser, comme avec le journal L’Humanité. Plusieurs solutions sont ici acceptables.
On peut insérer le nom générique et accorder avec lui : « Le journal L’Humanité est distribué dans tous les points de presse ».
On peut aussi accorder avec le nom générique sous-entendu, en conservant le masculin. Enfin, si le titre est un nom commun précédé d’un déterminant, ce qui est le cas ici, il est fréquent d’accorder directement avec ce nom : « L’Humanité est distribuée dans tous les points de presse ».
A lire aussi
En résumé, si la règle générale privilégie l’accord au singulier avec le nom générique sous-entendu, plusieurs cas particuliers invitent à accorder le verbe avec le nom qui compose le titre. La clé reste la clarté : exprimer le nom générique (comme le journal ou le roman) demeure, dans la plupart des situations, la solution la plus élégante et la plus sûre.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?
Pourquoi dit-on un « marcel » pour parler d’un débardeur ?
Langue française : « Cool », d’où vient ce mot qu’on utilise depuis des décennies ?
Langue française : De daron à lascar, ces mots d’argot courants cachent des siècles d’histoire
Impressionnez vos interlocuteurs avec l’histoire de ces 4 mots qui n’existent qu’au négatif