Victor Hugo est l’un des plus grands écrivains français, le plus grandiose en tous cas. Les Italiens ont Dante, les Anglais ont Shakespeare, les Espagnols ont Cervantes, les Allemands ont Goethe et nous, Français, avons l’Homme-siècle, Victor Hugo. Entré de son vivant dans la légende, voici 6 choses que vous ne savez peut-être pas sur l’écrivain.
1 – Victor Hugo, pionnier de la protection du patrimoine, au-delà des frontières
Dès les années 1820, Victor Hugo mène un combat visionnaire contre la destruction du patrimoine français. Dans son ouvrage Guerre aux démolisseurs, republié en 1832, il dénonce avec virulence la destruction systématique des monuments historiques : « Il faut le dire et le dire haut, cette démolition de la vieille France que nous avons dénoncée plusieurs fois sous la Restauration se continue avec plus d’acharnement et de barbarie que jamais. »

Son chef-d’œuvre Notre-Dame de Paris, publié dès 1831, participe à ce combat en attirant l’attention sur le sort de la cathédrale. Ce militantisme patrimonial le poursuivra toute sa vie : en novembre 1861, depuis son exil à Hauteville House, il dénonce avec force le Sac du Palais d’été en Chine par les troupes franco-anglaises. Dans une lettre célèbre, il condamne sans appel cette destruction : « Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un l’a pillé, l’autre l’a incendié. […] L’un des deux s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. » Il conclut en espérant qu’« un jour viendra où la France délivrée et nettoyée renverra ce butin à la Chine spoliée. »
2 – Un traumatisme d’enfance fondateur pour le jeune Victor Hugo
C’est à l’âge de 10 ans, en 1812 à Burgos en Espagne, que Victor Hugo assiste à un spectacle qui le marquera à vie. Accompagné de son frère Eugène et de sa mère Sophie, il voit un échafaud entouré d’une foule et un homme attaché, « l’air hébété de terreur », à qui l’on tend un crucifix. Ce traumatisme sera à l’origine de son combat acharné contre la peine de mort. Dans Les Misérables, il écrira : « L’échafaud n’est pas une charpente, l’échafaud n’est pas une machine, l’échafaud n’est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d’être à je ne sais quelle sombre initiative, il dévore, il mange de la chair, il boit du sang. »
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Hugo consacrera deux ouvrages majeurs à cette lutte : Le Dernier Jour d’un condamné en 1829 et Claude Gueux en 1834. Même depuis son exil à Guernesey, il mènera campagne pour la commutation de la peine du criminel John Tapner, écrivant directement à Lord Palmerston, sans succès.
3 – Victor Hugo organisait régulièrement des dîners pour les enfants pauvres
Bien avant Jules Ferry, Victor Hugo défend sous la Deuxième République l’instruction gratuite et obligatoire. Lors d’une discussion parlementaire, il déclare : « L’instruction gratuite et obligatoire. Obligatoire au premier degré seulement, gratuite à tous les degrés. L’enseignement primaire obligatoire, c’est le droit de l’enfant qui se confond avec le droit de l’État. » Au-delà de l’éducation, il fait de l’enfance une cause majeure.

En décembre 1869, depuis Hauteville House, il écrit : « Aidons le progrès par l’assistance à l’enfance. Si l’enfant a la santé, l’avenir se portera bien. Si l’enfant est honnête, l’avenir sera bon. » À Guernesey, il met ses convictions en pratique en organisant chaque mardi des dîners pour 15 enfants pauvres de l’île, qu’il sert lui-même avec sa famille : « Je tâche par là de faire comprendre l’égalité et la fraternité. »
4 – Son combat contre la misère, un défi qui résonne encore aujourd’hui
Pour Victor Hugo, la lutte contre la pauvreté n’est pas une option, mais une obligation morale. Le 20 juin 1848, dans son discours sur les ateliers nationaux, il prononce ces mots restés célèbres : « La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain. La misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère, oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse, car en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. » Cette dernière formule résonne encore aujourd’hui comme un défi lancé aux responsables politiques de toutes les époques.
5 – Victor Hugo, même très âgé, n’a jamais renoncé à ses engagements
Agnès Sandras écrit dans Victor Hugo, le forçat des lettres : « Même avec l’âge, Hugo ne renonce à aucun de ses engagements. En février 1875, il publie une lettre pour défendre un soldat condamné à mort pour avoir souffleté son supérieur ». Dans la brochure Pour un soldat, « il prend l’exemple du maréchal François-Achille Bazaine, gracié malgré son commandement catastrophique à Metz en 1870 » et demande pourquoi un obscur conscrit devrait être traité plus durement.
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« La peine est commuée en 10 ans de prison, ce qui fait bondir les journaux conservateurs. Paul de Cassagnac s’indigne : ‘Va-t-on laisser ce vieillard affreux dont les cheveux blancs balaient les faubourgs s’ériger en apôtre des soldats justement condamnés ?' » Mais Hugo, au-dessus des critiques, poursuit inlassablement ses combats.
6 – La spiritualité paradoxale de Victor Hugo, chrétien anticlérical
« Je refuse l’oraison de toutes les Églises », écrit Hugo dans ses dernières volontés, « mais je demande une prière à toutes les âmes. » Cette déclaration résume le paradoxe spirituel du grand homme : anticlérical convaincu, il reprochait à l’Église de ne pas servir Dieu convenablement, sans pour autant se considérer athée. « Oh, que l’athéisme est pauvre et qu’il est petit, qu’il est absurde », affirmait-il. « Dieu est. Je suis plus sûr de son existence que de la mienne. Il est l’auteur de tout, mais il n’est pas vrai de dire qu’il a créé le monde, car il crée éternellement. Il est le moi de l’infini. » Et peu avant sa mort : « Je suis vieux, je vais mourir, je verrai Dieu. Oh, voir Dieu et lui parler, quelle grande chose. Que lui dirai-je ? J’y pense souvent. Je m’y prépare. »
Franck Ferrand
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