Eugène Viollet-le-Duc est connu pour avoir restauré Notre-Dame-de Paris. Inspiré et soutenu par Prosper Mérimée, il s’est attaqué au gigantesque projet de sauver les plus grands vestiges du Moyen Âge français.
A-t-on besoin de présenter Prosper Mérimée ? Écrivain talentueux, érudit, passionné de langues étrangères dont le russe, précurseur du romantisme, il est aussi bon dessinateur qu’il est excellent écrivain. C’est un homme de culture et d’action qui appuie son œuvre sur le savoir et sur le talent d’un homme de l’art, Eugène Viollet-le-Duc.
Il faut vous dire que Mérimée est l’ami du père et de l’oncle de Viollet-le-Duc. Eugène est en quelque sorte le relais de Mérimée et ce qui est passionnant, c’est de voir comment ces deux hommes ensemble ont contribué à sauver les plus grands vestiges du patrimoine français.
La curiosité, le trait dominant du caractère de Prosper Mérimée
Dominique Labarrière, dans son livre Épopée française (aux éditions Pierre-Guillaume de Roux) a retracé les destins croisés de Mérimée et de Viollet-le-Duc. Prosper Mérimée est né dans le quartier du Panthéon à Paris, juste avant l’Empire, à la toute fin du consulat en 1803. Ses parents sont des gens cultivés, amateurs d’art. Ils vont élever Prosper en lui inculquant un certain nombre de valeurs, dont l’indépendance d’esprit, mais aussi la curiosité, qui va devenir le trait dominant de son caractère.
Le jeune Prosper fréquente les bancs de la faculté de droit, mais la vérité, c’est que c’est surtout dans les salons parisiens qu’il a tendance à briller. Il se rend très souvent dans le salon de Juliette Récamier, l’épicentre du Tout-Paris de l’époque. On y retrouve toutes les grandes figures romantiques comme Chateaubriand ou Hugo notamment.
Mérimée, lui, est plus attiré par le cercle d’un pasteur libéral suisse, chez qui il va rencontrer notamment Stendhal. À l’époque, Mérimée a 20 ans, Stendhal en a le double. Cela n’empêche pas une grande amitié fondée sur le même goût des voyages, des arts, sur la même curiosité, le même appétit de vivre. Ensemble, Stendhal et Mérimée vont intégrer un autre groupe, celui d’Étienne-Jean Delécluze. Il est peintre, mais surtout critique d’art au Journal des débats. C’est aussi l’oncle d’un certain Eugène Viollet-le-Duc qui à l’époque n’est encore qu’un enfant. Le père d’Eugène également fréquente ce cercle de Delécluze.
Mérimée devient Inspecteur général des Monuments historiques, c’est un basculement
Et l’on voit Mérimée acquérir dans ce monde de la Restauration, une sorte de passion pour les arts, pour les vestiges du passé. Sur le plan des idées, c’est un libéral convaincu, assez éloigné du pouvoir en place. Sur le plan de la culture et de l’inspiration, c’est un passionné du Moyen Âge. Or, en 1830, lorsque Louis-Philippe devient roi des Français, et bien Mérimée se rapproche du pouvoir. Il intègre la haute administration du pays, il suit en cela son bienfaiteur, le ministre d’Argout, d’abord à la Marine, puis au commerce et aux travaux publics et enfin à l’Intérieur.

On ne peut pas dire que Mérimée soit un passionné des cabinets ministériels. Cette atmosphère-là, qui avait été si bien décrite par Balzac, lui répugne, disons les choses. Mais il fait son chemin, et remplit sa tâche de secrétaire du ministre de l’Intérieur François-Pierre Guizot. C’est ce dernier qui va lui confier les clés de l’Inspection générale des monuments historiques, qui a 4 ans à l’époque, on est en 1834.
C’est dans la vie de Mérimée une sorte de grand basculement. Mérimée est convaincu que le souffle qui a présidé à l’édification des cathédrales au Moyen Âge est exactement le même souffle qui est dans son temps à lui, à l’origine de la révolution industrielle dans laquelle la France est engagée. Il estime que cela résulte d’une même aspiration du peuple français à s’élever vers quelque chose de transcendant, vers une forme de création d’excellence et cela va évidemment lui donner une sorte de motivation très particulière dans la mission qui vient de lui être confiée.
L’aventure colossale de Mérimée, un inventaire des monuments remarquables
Pour lui, la modernité ne va pas sans la tradition. Il faut aller chercher dans le Moyen Âge la source d’une inspiration qui se renouvelle constamment. Dans l’architecture des cathédrales, Mérimée retrouve l’esprit d’audace qui selon lui doit présider au développement du 19e siècle.
Mérimée va se lancer dans cette aventure colossale qui consiste à faire l’inventaire des monuments remarquables du pays. Cela suppose de passer son temps sur les routes et dans les auberges, souvent dans les mauvaises auberges à l’époque. Le premier inventaire est édité en 1837 avec près de 1100 sites désignés comme dignes du premier intérêt, dit Mérimée. 10 ans plus tard, le nombre de sites est établi à 2800.
Sauver les cathédrales
Ce qui veut dire qu’une fois répertorié, une fois inventorié, tous ces monuments vont devoir faire l’objet de tous les soins possibles des férus d’archéologie, mais aussi d’architecture et de rénovation avec, disons-le, une bureaucratie qui n’a pas tellement envie de voir Mérimée mener à bien ses missions.
Alors, il va fixer des priorités, faire une sorte d’agenda. Il met au premier chef le patrimoine religieux. Pour lui, il s’agit pas du tout d’une mission cultuelle, le moins qu’on puisse dire, c’est que Mérimée n’est pas du tout religieux, il n’est même pas croyant. Simplement, il estime que c’est là que se trouve l’essentiel de l’héritage du passé, c’est pour lui une mission historique.
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« Les monuments les plus importants de notre pays sont sans contredit les cathédrales », écrit-il, et bien ces cathédrales, il va falloir maintenant les sauver, il va falloir les relever, les consolider, il va falloir leur redonner tout leur éclat et c’est ici qu’entre en scène un jeune homme qui entre-temps a pris de l’âge puisque maintenant il a 26 ans et qui s’appelle Eugène Viollet-le-Duc.
Dans ce nouvel épisode des Grands dossiers de l’Histoire, Franck Ferrand vous raconte l’ascension d’un des plus grands architectes du 19ème siècle.
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