En 1925, l’explorateur britannique Percy Fawcett s’enfonce dans la jungle amazonienne à la recherche d’une cité perdue qu’il appelle Z. On ne le reverra jamais. Un siècle plus tard, le mystère demeure : mythe romantique d’un aventurier disparu, ou intuition visionnaire d’un monde oublié sous la forêt ?
Dans les années 80 en Amazonie, un anthropologue américain a recueilli la parole de peuples autochtones du Mato Grosso, éloignés du monde moderne. Ils avaient gardé la mémoire du passage d’un petit groupe d’hommes blancs en 1925. Selon cette histoire transmise par voie orale, ces explorateurs ne semblaient pas agressifs, et contrairement à ceux qui étaient venus avant eux, n’étaient pas là pour les tuer.
L’homme en tête de cette colonne de 5 ou 6 personnes parlait avec douceur, et a expliqué être venu chercher quelque chose dans la forêt. Il a même offert des présents au peuple Kuikuros. Il s’agissait du colonel Percy Fawcett, aperçu pour la dernière fois avant de disparaître à jamais dans la jungle amazonienne.
Ce britannique a fait partie de l’armée des Indes avant d’intégrer la Royal Geographical Society, une institution dédiée à la formation des explorateurs de sa majesté la reine Victoria.
Fawcett devient un des rares Occidentaux capables d’explorer l’Amazonie
En 1906, à la faveur d’un conflit entre la Bolivie et le Brésil, une mission délicate lui est confiée : déterminer la frontière entre Bolivie et Brésil. Fawcett part seul avec quelques porteurs. Il fait partie de ces officiers britanniques qui supportent tout. Là où d’autres, sans doute, auraient abandonné, lui persévère. Et bientôt, il va se faire la réputation d’un explorateur infatigable.

A la demande du gouvernement britannique, il explore le bassin amazonien, devenant un des rares Occidentaux capables d’opérer là-bas. Et à mesure qu’il avance, qu’il s’enfonce dans cette forêt impénétrable, Fawcett remarque des monticules, des fragments de poterie, des talus de pierre. Bref, ce qu’on pourrait appeler nous avec notre jargon actuel, des artefacts anthropiques. Et les Indiens qui lui parlent d’anciennes cités dissimulées par les arbres.
Fawcett commence à douter de l’idée qui à l’époque dominait en Europe, que l’Amazonie n’avait jamais été habitée par aucune civilisation digne de ce nom. Non, non, se dit-il, il y a eu ici des êtres humains qui ont développé des cultures puissantes et des architectures, la preuve, on en a des vestiges.
A-t-il décidé de renoncer à la civilisation européenne ?
Peu à peu, la mission scientifique va devenir pour Fawcett une sorte de quête personnelle. Le basculement a lieu en 1914, à l’occasion d’un séjour à Rio de Janeiro. Fawcett consulte les archives de la Bibliothèque nationale du Brésil, et il découvre là un document ancien, intitulé Manuscrit 512. Le texte a été rédigé par un explorateur portugais du 18e siècle, qui décrivait les ruines d’une vaste cité dotée de bâtiments monumentaux, de routes, située quelque part dans l’intérieur du Brésil.
Cette exploration a entraîné la disparition de Fawcett. Mais des rumeurs courent : des Indiens disent qu’ils l’ont vu vivant avec une princesse indienne. D’autres disent que finalement il a découvert la fameuse cité, qu’il a décidé de ne plus revenir vers la civilisation, qu’il est trop heureux d’avoir trouvé son lieu d’élection. D’autres disent qu’il serait mort sous les coups d’Indiens hostiles.
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Le mystère de la disparition de Percy Fawcett va pendant des décennies alimenter les imaginaires de toutes sortes d’aventuriers dans leur fauteuil, du personnage du professeur Challenger dans Le Monde perdu de Conan Doyle, à celui, bien sûr, d’Indiana Jones, créé par George Lucas et auquel Steven Spielberg a donné vie, en passant par l’explorateur Ridgewell dans Tintin, Eliott Corbett dans Corto Maltese, Bob Morane… Percy Fawcett a nourri un siècle de fiction, d’imaginaire. Il est en quelque sorte la quintessence même de l’archéologue explorateur, et sous ce vernis de la fiction, demeure une question. Et si malgré tout, Fawcett avait eu raison ? En 2018, des relevés satellitaires au-dessus du sud-ouest de l’Amazonie ont révélé un certain nombre de traces d’anciennes constructions, justement dans la région du Mato Grosso. Il s’agit, à l’évidence, d’un vestige précolombien, tout près de l’endroit où Percy Fawcett a justement disparu…
Franck Ferrand
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