En 1791, Nicolas Pelletier est arrêté pour vol et meurtre. Le tribunal va décider de le condamner à mort, mais en pleine période révolutionnaire, la méthode d’exécution est remise en question. Il deviendra le premier d’une longue liste à être guillotiné.
14 octobre 1791, c’est la 3ᵉ année de la Révolution. Les rues de Paris ne sont pas sûres. Sur la rive droite, rue de Bourbon-Villeneuve, deux hommes se baladent. Il est déjà minuit passé et chacun un bâton à la main, attendent leur prochaine victime. Soudain, ils attaquent un homme qui gardait sur lui 800 livres sous forme d’assignats. Rué de coups, il est laissé pour mort.
Le crime ne paie pas pour autant. L’un des deux brigands est arrêté. C’est après être interrogé par la maréchaussée que l’on découvre son nom, Nicolas Pelletier. Ce n’est pas la première fois qu’il a des soucis avec la justice. Il ne faut que quelques semaines au tribunal pour expédier son cas : il est condamné à mort.
Cette sentence n’est pas si banale qu’on le pense. Elle intervient à un moment très particulier de la justice en France. En ce début d’année 1792, les choses changent en ce qui concerne la peine capitale. Les députés ont l’intention d’exécuter Nicolas Pelletier d’une nouvelle manière.
La décapitation comme système unique d’exécution
Un nom se cache derrière l’envie de réformer la peine capitale, celui du docteur Joseph Ignace Guillotin. En pleine période des Lumières, qui se veut de plus en plus égalitaire, la peine de mort continue de poser un problème. Guillotin ne comprend pas pourquoi seuls les nobles auraient le privilège d’être décapités alors que tous les autres subissent des peines plus dégradantes comme la pendaison ou encore le supplice de la roue.
Fin septembre 1791 le décret qui fait entrer en vigueur la loi érigeant la décapitation en système unique d’exécution est publié, soit juste quelques jours avant que Pelletier commette son crime. Même si la décapitation est jugée plus décente, cela ne signifie pas qu’elle est moins douloureuse. En France, on décapite à l’épée, qui promet une mort difficile. On a le cas tristement célèbre du comte de Chalais en 1626 avec lequel on a dû s’y reprendre 30 fois.
Guillotin suggère donc une machine pour assurer à tous les mêmes conditions de mort. Les députés vont effectivement bien voter pour généraliser la décapitation tout en se moquant un peu de la machine du docteur. Après de nombreux rapports et une grande réflexion, le projet est confié au procureur syndic de Paris, Pierre-Louis Roederer. Il consulte Guillotin lui-même en mars 1792, pour savoir exactement quel type de machine il faudrait créer, mais le médecin répond mal à la requête. Daniel Harras le relate dans son livre La Guillotine et l’imaginaire de la terreur : « Guillotin ne fournit pas d’explication assez circonstanciée. Son échec ridicule de 1789 l’a peut-être conduit à prendre ses distances par rapport à la machine. »
On a demandé son avis à … Louis XVI !
Roederer va alors faire appel au docteur Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie. Il a l’air d’être l’homme de la situation. Pendant ce temps, Nicolas Pelletier attend toujours. Par chance, le docteur va travailler assez vite et il aboutit courant mars à un « bref avis motivé sur le mode de décollation ». C’est un texte aussi net et glaçant que la lame qui l’invite à utiliser. Il évoque des instruments pour couper les têtes qui sont à l’œuvre dans des terres étrangères et d’autres qui ressemblent à de vieilles machines de l’Italie renaissante. Il remet alors son rapport à l’assemblée qui lance le processus de construction. On a même demandé à Louis XVI son avis sur la forme que devait prendre la coupe de la machine. On voit donc le roi travailler sur l’objet qui lui engendra sa propre mort un an plus tard.
Ça y est, la machine est prête à stupéfier le monde avec sa lame suspendue en hauteur qui n’attend que de s’effondrer sur la nuque des condamnés. Mais avant, il faut la tester ! Le 17 avril, on l’essaye sur des animaux, des dépouilles, mais ce n’est pas vraiment concluant. La date d’exécution du malheureux est tout de même fixée au 25 avril sur la place de grève. Les autorités s’attendent à ce que la population parisienne réponde en masse pour la mise en marche du nouveau symbole de l’égalitarisme.
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Une foule importante est présente, Roederer est là et les gendarmes aussi. Le condamné lui est effondré, sans énergie, porté par le bourreau Samson. Mais la vedette du jour, c’est la guillotine. Samson n’a qu’à tirer le loquet et en quelques secondes, c’est déjà fini. Un journal de l’époque relate l’impression assez mitigée que laisse le sinistre spectacle : « Le peuple ne fut point satisfait, il n’avait rien vu, la chose était trop rapide. » Il se dispersa, tout désappointé, chantant pour se consoler de sa déception un couplet d’à-propos, « rendez-moi ma potence en bois, rendez-moi ma potence ».
Franck Ferrand
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