S’il fallait retenir une année dans la vie de Maurice Ravel, 1928 pourrait être inscrite en lettres d’or. Cette année-là, il rencontre en Amérique un immense succès. Jusqu’à l’écriture d’une œuvre qui deviendra l’une des plus importantes de la musique classique, mais qui initiera aussi un véritable casse-tête juridique concernant ses droits d’auteur.
Juste avant son départ pour l’Amérique, Ravel est contacté par Ida Rubinstein, l’ancienne danseuse des ballets russes, mécène et icône du Paris des Années folles, qui souhaite un ballet de caractère espagnol qui serait intitulé Fandango. Voilà une commande assez précise.
Ravel a le temps d’y songer. Dans un premier temps, il a l’intention d’orchestrer des pièces qui sont tirées de la suite pour piano Iberia d’Isaac Albéniz. Finalement, il opte pour une œuvre originale qui sera fondée sur un rythme de boléro, cette danse traditionnelle andalouse.
15 octobre 1928 : la partition du Boléro est achevée
Il faut rappeler que Ravel est fasciné par l’Espagne. Non seulement parce que sa mère est d’origine basque, mais aussi parce que cet engouement pour la culture ibérique, particulièrement en vogue à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, s’accorde à son art.
Les harmonies chamarrées et les rythmes francs dont il agrémente ses partitions témoignent d’une véritable inclination pour le folklore ibérique.
Le 15 octobre 1928, Ravel met un point final à sa partition avant d’entamer une tournée en Espagne. Il ne se doutait certainement pas du succès qui l’attendait ni, des décennies après sa mort, du casse-tête juridique que son œuvre allait susciter.
Le chef-d’œuvre de Ravel n’est entré dans le domaine public qu’en 2016
En France, la durée légale pour qu’une œuvre entre dans le domaine public est de 70 ans après la mort du compositeur. Maurice Ravel s’est éteint en 1937 : d’après la loi, son Boléro devrait donc tomber dans le domaine public en 2008. Sauf qu’il a fallu attendre 2016 pour que cela se fasse.
Il faut prendre en compte deux critères. D’abord, la deuxième guerre mondiale allonge les délais de 8 ans et 120 jours. A l’époque, la durée légale de protection des œuvres musicales est de 50 ans d’après la loi de 1866. C’est sans compter sur l’intervention de Jack Lang, qui rallonge cette durée à 70 ans avec la loi de 1995.
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Ainsi, le Boléro de Ravel n’entre dans le domaine public que le 1er mai 2016. Les droits de cette œuvre ont une importance majeure dans la mesure où cette musique est jouée constamment et partout dans le monde. Cela représente une montagne de droits d’auteur, dont certains aimeraient beaucoup bénéficier…
Franck Ferrand vous raconte la saga juridique qu’a connue le Boléro de Ravel, l’une des œuvres classiques les plus jouées dans le monde.
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