Les livres écrits par l’IA, la menace d’un déluge sur le marché de l’édition

Duilio Piaggesi/IPA/SIPA

Une étude s’attaque à une idée reçue et rassurante, peut-être un peu trop rassurante, pour le monde de l’édition. Celle selon laquelle les livres écrits par les intelligences artificielles représenteraient une production médiocre qui serait rejetée par les lecteurs.

 

Cette étude a été signée par quatre chercheurs aux États-Unis, dont une juriste spécialiste du droit d’auteur. Ils ont analysé plus de 14 000 romans auto-édités sur Amazon dans des genres populaires comme les romances, les polars, les livres de science-fiction. Ils ont passé le texte de chacun de ces romans au crible d’un détecteur d’IA, et puis ils ont croisé ces résultats avec les données de vente réelles.

L es conclusions ne sont pas complètement en accord avec l’idée rassurante du départ, puisque la part de marché des livres écrits sans aucune trace d’intelligence artificielle s’effondre pour ne représenter plus qu’à peu près 60 % des livres aujourd’hui. Dans le même temps, les livres fortement marqués par l’intelligence artificielle ont vu leur part de production exploser, au point d’arriver dans les premières places des classements, celles qui étaient jadis l’apanage des auteurs humains, avec près d’un tiers des nouveaux entrants dans le top 25 écrits en grande partie par l’intelligence artificielle.

Les best-sellers produits par l’IA sont précisément ceux qui ressemblent le plus à des livres déjà existants

Sur le plan économique, le marché augmente en volume beaucoup plus vite qu’en valeur : le nombre de titres explose, mais les revenus ne suivent pas, et le chiffre d’affaires moyen par livre recule dans quasiment tous les genres. En moyenne, chaque livre rapporte moins, y compris ceux qui ont été écrits sans intelligence artificielle. Dernier enseignement, les best-sellers produits par l’IA sont précisément ceux qui ressemblent le plus à des livres déjà existants, car la machine ne crée pas, elle recycle ce qui a été déjà écrit avec suffisamment d’habileté pour se vendre.

Ce que dit cette étude, c’est que l’intelligence artificielle inonde et déluge le marché du livre. Cela oblige à nuancer l’optimisme en matière d’innovation : loin de transformer le marché en apportant une meilleure qualité par le mécanisme de la destruction créatrice, l’intelligence artificielle l’inonde en augmentant les volumes et en déversant une quantité quasi-infinie de nouveaux contenus à des coûts quasi nuls.

Pas de grand remplacement, mais la noyade

Quand l’offre devient surabondante et presque gratuite à produire, la valeur unitaire s’effondre, entraînant la chute des revenus de tout le monde, y compris des bons créateurs. Le risque majeur de l’économie de l’intelligence artificielle appliquée à la culture n’est donc pas le grand remplacement des artistes par des intelligences artificielles géniales, mais la noyade des bonnes productions sous un déluge de produits médiocres.

A lire aussi

 

Face à un monde où produire du contenu ne coûte presque plus rien, redonner de la valeur à la production humaine passera sans doute par ce que la machine ne sait pas encore faire : l’authenticité, la voix singulière d’un auteur et la force des idées, même si cela s’annonce de plus en plus difficile.

Nicolas Bouzou

 

Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique