« Il va falloir un effort extraordinaire pour stabiliser l’endettement public » prévient l’économiste Patrick Artus

Economiste, conseiller chez Ossiam, et, entre autres, professeur d’économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Patrick Artus était l’invité de Marc Bourreau ce lundi, dans la matinale de Radio Classique.

 

En réaction aux violences du week-end du 17 octobre, Patrick Artus oriente les causes profondes sur les responsabilités qui incomberaient à l’école : « En France, le taux de chômage des jeunes est très élevé. Quand vous êtes au chômage et que vous êtes jeune, vous êtes enclin à vous servir dans les magasins » avance-t-il. Un système éducatif qui, selon lui, demande à être « réparé », tant sur le plan matériel que qualitatif : « Le problème, c’est qu’on n’a pas saisi la mauvaise qualité du système éducatif, qui est un mélange de professeurs mal rémunérés et mal formés, avec des programmes trop lourds, et des matières mal enseignées » juge-t-il, s’appuyant sur les résultats des pays de l’Europe du Nord aux enquêtes PISA « nettement supérieurs à ceux de la France » en dépit d’une tendance générale à l’érosion de leurs scores historiques.

Patrick Artus admet que sans réforme de l’État, il n’y a aucune marge de manœuvre budgétaire, pour autant « former les professeurs tout au long de leur carrière, c’est faisable sans beaucoup de moyens. » affirme-t-il, remettant dans le même temps l’allocation du budget de l’éducation en cause : « Maintenant, on sait qu’un tiers du budget de l’éducation va aux retraites des professeurs, et pas aux vraies dépenses d’éducation. Si on copie le Danemark, la Suède, la Finlande, sans parler des pays d’Asie comme Singapour, on sait à peu près ce qui marche. » estime-t-il.

Patrick Artus : « il va falloir que l’Etat définisse clairement les priorités »

Patrick Artus ne croit pas à l’incidence des violences sur la confiance des marchés : « évidemment quand on est habitant d’une grande ville, on est très effrayé par ce qu’on a vu, mais les marchés jugent sur des chiffres plutôt macroéconomiques » tranche-t-il. Le véritable problème de la France, d’après lui, réside dans l’ampleur de l’ajustement budgétaire à venir. Pour stabiliser le taux d’endettement public, l’économiste chiffre l’effort nécessaire à 180 milliards d’euros, or avec un budget 2027 qui ne prévoit que 25 milliards d’euros de réduction du déficit primaire, la France n’accomplit qu’« un septième de l’effort qu’il va falloir, de toute façon, faire, que la BCE intervienne ou pas ».

Selon Patrick Artus, il serait judicieux d’associer une coupe budgétaire à une redistribution de l’utilisation de l’argent public. En ce sens, avance-t-il : « L’éducation et la recherche sont des priorités, parce que ce sont des dépenses dont on sait qu’elles s’autofinancent ».

Il en est convaincu, faute de volonté des gouvernements futurs quels qu’ils soient, « la France ne pourra pas stabiliser son taux d’endettement public sans intervention extérieure » lâche-t-il. Pour lui, « les députés de la Commission des Finances n’ont pas compris qu’il y avait un vrai problème de déficit public » ce qui explique le rejet, à l’Assemblée, des mesures phares du budget 2027. Il ajoute à cela le poids de l’opinion dans ces décisions politiques : « Quand vous regardez les sondages, une très large majorité des Français refuse de travailler plus tard dans leur vie, et refuse des économies dans le système de santé » justifie-t-il.

Comment procède la BCE ?

Patrick Artus détaille deux scénarios principaux. Le premier consisterait en une relance générale du quantitative easing, c’est-à-dire des achats de dettes publiques européennes, une option qui pourrait se justifier par « les taux d’intérêt à long terme qui ont monté à cause des besoins de financement des boîtes de l’IA américaine, ce qui fait monter les taux d’intérêt du monde entier » explique-t-il. Le second s’appuierait sur l’instrument de protection de la transmission monétaire, « qui permet d’acheter la dette d’un pays dont les conditions de financement ne reflètent pas la situation fondamentale » détaille-t-il.

 

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Si la BCE a jugé la semaine dernière que les conditions de financement actuelles de la France correspondaient encore à ses fondamentaux, l’économiste en est convaincu : l’institution européenne ne prendra jamais le risque de laisser la France en faillite. Mais, à mesure que les marchés prendront conscience de l’impuissance politique française à réformer durablement la dépense publique, la situation se dégradera, prévient l’expert, « et la BCE, à un certain moment, sera obligée d’intervenir. »

Pauline Adad

 

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