Ancien secrétaire général de l’Élysée sous François Mitterrand et ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine publie 2027, le rendez-vous du courage ? chez Plon dans la collection Questions ouvertes. Un essai écrit comme un cri du cœur adressé aux candidats à la présidentielle comme aux électeurs, pour élever le débat dans une France en perte d’influence. Il était ce jeudi l’invité de David Abiker, dans la matinale de Radio Classique, pour en parler.
Le titre sonne comme un programme politique et pourtant, il ne présente aucune velléité électorale. Hubert Védrine a toutefois veillé à faire parvenir son livre à l’ensemble des candidats à la présidentielle et à tous les gens importants au sein du débat public contemporain. « N’importe quel leader politique peut piocher des choses dedans, à mon avis. C’est très ouvert. Je ne suis pas enfermé dans une famille politique en particulier » prévient-il.
Hubert Védrine tire la sonnette d’alarme : « la France vit à crédit à partir du mois de juillet. Les créanciers continuent parce que la France est une grande signature, mais à un moment donné, cela va s’arrêter, et on va nous imposer des conditions, peut-être pas aussi dures que la Grèce, mais ça y ressemblera. Ce serait très mal vécu, avec toutes les conséquences sociales et politiques qui en résulteraient ».
Hubert Védrine, sa méthode pour contrer la crise des finances publiques
La question de la dette, voilà sa principale obsession : « la France va être obligée de mettre de l’ordre dans ses finances publiques. Il vaut mieux le faire courageusement, à l’avance, avant que cela ne nous soit imposé dans des conditions humiliantes et traumatisantes, par la Banque centrale, le FMI, etc., ce qui nous pend au nez ». Pour ce faire, Hubert Védrine priorise quatre sujets sur lesquels selon lui, il est essentiel de trouver un consensus : l’identité française, l’immigration, l’idée de confédération européenne et l’écologisation de la politique.
Ce dernier point, assure-t-il, va s’imposer : « Comme c’est la seule menace globale sur l’ensemble de l’humanité, ceux qui refusent ça, comme Trump — qui sera accusé un jour de crimes contre l’humanité future — sont quand même maintenant sur la défensive par rapport à ça. Donc il faut arrêter de se battre sur le principe, pour ou contre ». Hubert Védrine pressent même que la Chine prendra le leadership de l’écologisation « pas comme l’écologie politique à l’européenne, l’écologisation scientifique » précise-t-il.
Hubert Védrine : « je préconise d’oublier le devoir de mémoire, qui est quelque chose de masochiste et de plaintif »
Quant au passé, à notre histoire, Hubert Védrine préfère occulter le devoir de mémoire, qui traduirait d’après lui le degré de malaise du pays qui le fait, au profit de la vérité historique.
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Et quid de l’Algérie ? Pour Hubert Védrine, il faudrait faire table rase du passé, vérité historique ou non : « Disons à l’Algérie : parlons d’aujourd’hui et de l’avenir. À quoi sert-il de se battre sur 1830 ? Nous n’y pouvons rien. Nous n’étions pas là. Je suis contre la responsabilité collective et transmissible : ce sont des concepts préhistoriques. ». Il en est certain, les projets communs qui ont trait à l’avenir ne manquent pas, à commencer par maintenir la vitalité de la Méditerranée qui concerne tous ses riverains.
Immigration : « Ce n’est pas aux passeurs de décider » déclare Hubert Védrine
Pour ce qui est de la question migratoire, Hubert Védrine affiche une certaine lucidité : « Nous avons besoin de plein de gens. Mais l’immigration, ce n’est pas un droit ; Il y a un droit d’asile, qu’il faut exercer dans des conditions non détournées. Il n’y a pas d’autre droit à l’immigration. Ce n’est pas une chance, non plus. Ça peut l’être une chance si c’est bien géré, ce qui n’a pas toujours été le cas. » reconnaît-il.
Pour Hubert Védrine, la gauche scandinave serait l’exemple à suivre, car elle incarne le juste milieu entre, pense-t-il, « ceux qui disent que l’on va renvoyer tout le monde et ceux qui disent qu’il faut donner l’asile au monde entier parce qu’on a mal agi dans le passé. Quand le président Mitterrand avait dit : « Il y a quand même un seuil de tolérance, à un moment donné, qui peut changer d’ailleurs », tous les moralistes s’étaient indignés. Il s’était rétracté légèrement, et Lévi-Strauss, lui, l’avait critiqué de s’être rétracté. » rapporte-t-il.
Pauline Adad
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