Le projet annoncé par Donald Trump d’importer du diesel russe provoque beaucoup de remous en Europe. Mais justement, en Europe, on continue d’acheter du pétrole aux Russes. Comment est-ce possible ?
Les Russes viennent d’appliquer, comme souvent, une tactique visant à diviser les Européens et à installer le doute et la cacophonie entre eux. Dans ce cadre, les autorités russes ont voulu faire savoir, tambour battant, que les pays européens (en réalité, certains plus que d’autres) restaient fortement dépendants des livraisons de pétrole et de gaz russes.
C’est le vice-Premier ministre russe, Alexandre Novak, qui a déclaré que les pays de l’Union européenne avaient acheté plus de 320 milliards de dollars d’hydrocarbures russes depuis 2022, c’est-à-dire depuis l’invasion de l’Ukraine, dont 21 milliards au cours des neuf premiers mois de l’année 2026.
Depuis 2022, l’UE a versé plus d’argent à la Russie qu’à l’Ukraine
Cela sème le trouble au sein de la famille européenne, qui affirme depuis des mois qu’elle ne veut plus rien avoir à faire avec la Russie. Mais cette lecture ne tient pas compte de la baisse considérable des importations de pétrole et de gaz russes réalisée par l’Union européenne.
Hier, lors d’une réunion avec ses homologues de l’Union européenne à Strasbourg, alors qu’elle plaidait pour l’utilisation des avoirs russes gelés dans l’UE afin de soutenir l’Ukraine, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a levé le voile. Elle a dénoncé l’achat de produits russes par les pays de l’Union européenne pour un montant supérieur à l’aide apportée à l’Ukraine. En clair, depuis 2022, l’UE a versé plus d’argent à la Russie qu’à l’Ukraine. C’est une contradiction majeure.
Alors, où est la vérité ? D’abord, il y a les cas de la Hongrie et de la Slovaquie, deux pays à part, qui bénéficient de tarifs préférentiels sur le gaz russe. Ils ne peuvent pas facilement renoncer à cet avantage dans la mesure où ils sont alimentés par un oléoduc direct appelé Druzhba. En russe, Druzhba signifie « amitié ». La Hongrie et la Slovaquie ont donc bénéficié d’une dérogation.
L’Union européenne continue d’acheter du GNL, du gaz naturel liquéfié russe
Ensuite, il y a le raffinage indirect. Des pays tiers, non soumis aux sanctions, en particulier la Turquie, mais aussi l’Inde ou la Chine, achètent une partie du pétrole russe, procèdent au raffinage ou à la transformation, puis réexportent ces hydrocarbures vers l’Europe sous forme de produits raffinés, comme le diesel.
Il y a aussi le gaz. L’Union européenne continue effectivement d’acheter du GNL, du gaz naturel liquéfié russe, car les interdictions totales ne sont pas encore toutes pleinement effectives. C’est le cas, par exemple, de la France, elles doivent l’être à la fin de l’année 2026.
Se passer complètement des énergies fossiles de Russie d’ici à 2027
Tout cela s’explique par le fait que l’Union européenne applique un plan progressif pour se défaire des importations russes. Le 18 mai 2022, la Commission européenne a adopté une feuille de route baptisée REPowerEU, dont l’objectif est de se passer complètement des énergies fossiles en provenance de Russie d’ici à 2027.
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Entre-temps, les pays européens ont fortement réduit leur dépendance au gaz et au pétrole russes. L’UE est ainsi passée de 45 % d’importations de gaz russe en 2021 à 12 % en 2025, et de 27 % d’importations de pétrole à moins de 2 % aujourd’hui. Il est prévu que l’Union européenne élimine toutes les importations de gaz naturel liquéfié d’ici à la fin de 2026, puis toutes les importations de gaz par gazoduc d’ici à l’automne 2027.
Mais il faut reconnaître que, depuis le conflit déclenché le 28 février de cette année au Moyen-Orient par Donald Trump, le calendrier européen de sortie du pétrole et du gaz russes risque de subir quelques retards.
Christian Makarian
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