Il y a quatre ans et demi, la guerre en Ukraine débutait après une agression russe, et depuis, il est difficile d’imaginer comment l’une des parties pourrait l’emporter sur le terrain ni comment la voie diplomatique pourrait aboutir. Le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense Nationale, est l’invité de Radio Classique pour faire le point sur le conflit.
Cela fait un an que le front n’a pas bougé, et se trouve exactement au même point que lors du sommet d’Anchorage, en Alaska, entre Vladimir Poutine et Donald Trump, explique le général Jérôme Pellistrandi.
D’un côté, les Russes dépensent beaucoup d’hommes. On estime qu’entre les blessés, les tués, les prisonniers et les disparus, ce sont 30 000 combattants russes qui sont éliminés tous les mois.
Quant à l’Ukraine, elle parvient à tenir la ligne de front grâce à la technologie des robots et des drones. Pour le général Pellistrandi, le conflit s’est transformé en « guerre de bombardements » car « pour le moment, il n’y a pas de solution tactique sur le terrain ».
Les frappes ukrainiennes portent « un préjudice très lourd à l’économie russe »
Si la Russie ne parvient pas à empêcher les attaques ukrainiennes sur des sites pétroliers, c’est parce que « les Ukrainiens ont développé des capacités remarquables et ont fait preuve d’une forte intelligence stratégique », explique-t-il.
En frappant les raffineries d’hydrocarbures, Kiev s’attaque au point faible de Moscou et prive le pays d’une partie de ses recettes, qui lui permet pourtant de financer la guerre et de s’acheter la paix sociale. Plus généralement, les frappes ukrainiennes sur des centres logistiques, militaires et les dépôts de carburant portent « un préjudice très lourd non seulement à l’économie russe, mais aussi au fonctionnement de sa société, qui voit que la guerre est désormais sur son terrain ».
Jérôme Pellistrandi écarte toutefois l’hypothèse d’une attaque ciblant directement Vladimir Poutine : l’Ukraine sait que les représailles de Moscou seraient terribles. Selon lui, les réponses sont diverses. Faire peur au cercle qui l’entoure est une solution, comme avec les éliminations ciblées de militaires de haut rang. L’incertitude économique qui pèse en Russie joue aussi son rôle puisque les oligarques « sont les premiers à souffrir de cette guerre extrêmement longue ». L’incertitude peut également pousser la population et l’opinion publique à admettre que le conflit s’étend.
La stratégie russe « ne peut pas mener très loin »
Une des caractéristiques de cette guerre, explique le général, est que « le degré de haine des Ukrainiens à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine est tel que chaque victime civile renforce leur détermination », chose que le dirigeant russe ne parvient pas à comprendre, assure-t-il. Son constat est sans appel : la stratégie russe ne peut pas mener très loin et Kiev ne se rendra pas, malgré les attaques de missiles balistiques qui la touchent.
En utilisant des drones, l’Ukraine a également opéré une révolution technologique comparable à celle de l’arrivée de l’aviation militaire lors des deux Guerres mondiales. Ainsi, « l’infériorité qui était manifestement en défaveur de l’Ukraine s’est transformée en un atout », Kiev ayant été contrainte d’innover pour compenser son infériorité en matière d’aviation, d’effectifs et de capacités militaires.
La Russie pourrait à l’avenir s’en prendre à un autre pays européen
Le général Jérôme Pellistrandi évoque également l’analyse du renseignement américain, dévoilée la semaine dernière par le Wall Street Journal, mettant en garde contre une probable confrontation de la Russie à l’encontre d’un pays européen entre l’automne 2026 et 2029.
Un tel événement prendrait la forme d’une « guerre hybride », comme c’était le cas avec la campagne de désinformation sur les punaises de lit avant les JO de Paris ou bien avec la découverte récente d’un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de Leipzig.
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Il note qu’en multipliant les petits incidents, la stratégie de la Russie est toujours « en dessous de la ligne rouge », puisqu’elle consiste à agresser un Etat sans pour autant le contraindre à recourir à l’article 5 de l’OTAN, qui établit la solidarité entre les pays membres en cas d’attaques.
Ainsi, Moscou utilise tout ce qui peut déstabiliser les pays européens, notamment en période d’élections, pour faire en sorte que l’opinion publique se lasse du conflit. Selon lui, des petits incidents de ce genre risquent de se multiplier dans les semaines et les mois à venir, même s’il « voit mal les pays de l’OTAN engager l’article 5 et passer à l’offensive ».
Maeva Mellado
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