Un Capitalisme devenu fou, Comment les riches ont gagné la lutte des classes : c’est le titre du dernier livre d’Alain Minc, co-écrit avec Guillaume Erner et publié aux éditions Flammarion. L’essayiste, président de la société de conseil AMConseil, était ce lundi l’invité de David Abiker dans la matinale de Radio Classique pour en parler.
Alain Minc part du postulat qu’il n’y a pas d’alternatives à l’économie de marché. Pour s’en accommoder, il souhaite par son ouvrage, participer à aider ce système à se protéger de ses propres démons : « le capitalisme n’est pas un gros mot, l’expérience a montré qu’il n’y a pas meilleur système. »
Pour le bien du capitalisme, la question de la place occupée par les nouvelles technologies sera, selon lui, le nerf de la guerre de la campagne présidentielle américaine de 2028 afin de démanteler les acteurs tout puissants qui dominent l’IA, qui se comptent sur les doigts d’une main. Il en est convaincu, ceci passera par une remise en cause de la gauche aux Etats-Unis : « il va de soi que Trump va amener au pouvoir le parti démocrate de la gauche ».
Alain Minc déplore une Europe de la consommation plutôt qu’une Europe de la production
Lorsqu’on lui demande si L’Europe peut encore tirer son épingle du jeu en faisant émerger des géants comme aux Etats-Unis, Alain Minc explique que « l’Europe s’est auto limitée elle-même en refusant une concentration dans les secteurs classiques. il y a 120 opérateurs de téléphone dans l’Union Européenne, il y en a trois aux Etats-Unis. Ça n’a aucun sens. »
Il constate qu’aujourd’hui tous les sujets européens portent sur les thèmes historiques français et observe que « la France est tellement faible qu’elle ne peut pas jouer le rôle moteur qui normalement aurait dû être le sien . »
En vue des annonces à venir du gouvernement sur les orientations budgétaires, Alain Minc n’est pas dupe : « C’est un budget fictif qui vise à rassurer les marchés, en vain. Le vrai budget viendra après la présidentielle. » Une crainte l’habite tout de même, celle que la crise sur la dette française n’explose avant la présidentielle. « Je ne sais pas quelles en seront les conséquences politiques ; on peut dire « ça mettra un peu de plomb dans la cervelle des Français » et on peut se dire « ça poussera au dégagisme ». Je n’ai aucun pronostics » concède-t-il.
Les raisons d’un échec de la politique de Macron selon Alain Minc
Il avait poussé la candidature d’Emmanuel Macron en 2017 mais reste objectif face à l’échec de la politique menée. Un constat nuancé : « Il est parti d’une intuition qui est juste : si on augmente le taux d’emploi et qu’on rejoint le taux d’emploi allemand, il n’y a plus de problème budgétaire. Et il a pris des mesures qui vont dans ce sens dans le premier mandat, le seul mandat sérieux qu’il ait mené. La seule chose c’est qu’il faut 15 ans pour redresser un taux d’emploi. Sa politique aurait été parfaite s’il avait tenu la dépense publique ».
Par-là, Alain Minc ne remet pas en cause le « quoi qu’il en coûte » pendant le Covid, d’après lui nécessaire, mais il aurait fallu s’arrêter, pense-t-il, juste après. En résulte aujourd’hui la remise en cause du gouvernement de ce qui était une partie des acquis du premier mandat en termes de « politique de l’offre » : « la réforme des retraites en est la plus insupportable. » déclare-t-il.
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Quand David Abiker l’interroge sur ses intentions de votes, Alain Minc lui répond, confiant, « Je voterai pour le candidat modéré. Je pense que ce sera Edouard Philippe ». En cas de second tour qui opposerait Jean-Luc Mélenchon à Marine le Pen, il votera blanc.
Alain Minc sur l’intrusion de l’IA en littérature : « notre avenir sera celui-là et il faudra vivre avec »
Plus surprenant, lorsque David Abiker sonde son avis sur la polémique autour du livre C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien, suspecté d’avoir délégué l’écriture de son roman à l’IA, Alain Minc prend parti pour l’auteur, puis révèle sans rougir : « Si j’avais 20 ans à nouveau ce serait de l’ordre de l’évidence d’écrire avec ChatGPT. Je lui ai demandé de faire sur un sujet donné un pastiche de Proust : excellent ! ».
Pauline Adad
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