C’est une exposition majeure qui vient de s’ouvrir au Rijksmuseum d’Amsterdam, celle du père fondateur de l’École de New York, le peintre américain d’origine néerlandaise Willem de Kooning, disparu en 1997. Avec quelques 125 œuvres, cette rétrospective vise à mieux faire connaître, dans son propre pays, cette figure de l’art contemporain du XXe siècle.
La galerie d’honneur du Rijksmuseum méritait bien cela : deux maîtres de la peinture néerlandaise se font face. D’un côté, un autoportrait de Rembrandt enturbanné d’un linge écru ; de l’autre, les grandes peintures aux tons ocre et rosés de Willem de Kooning, venues de New York.
« Willem de Kooning, comme Rembrandt, était obsédé par la lumière », souligne Taco Dibbits, le directeur général du musée. « Il a toujours été inspiré par Rembrandt, dont on retrouve de nombreuses mentions, mais aussi par d’autres artistes néerlandais et flamands. »
Willem de Kooning, paradoxalement méconnu aux Pays-Bas
Willem de Kooning a traversé l’Atlantique à 22 ans, d’abord peintre en bâtiment dans le New Jersey avant de vivre de son art. « En Amérique, il est plus [célèbre] que Mondrian, alors qu’ici, en Hollande, il n’est pas si connu que ça » observe Taco Dibbits.
Ses œuvres, il faut les regarder de très près, comme l’explique Marian Cousijn, conservatrice pour le musée : « En fait, on peut apercevoir des formes. Ce sont des femmes, là, regardez. On voit un bras, un visage et des tas de couleurs. Et là, un morceau de scotch et du papier »
Ici, une goutte de peinture bleue, isolée, qu’on n’avait pas remarquée au premier regard, des collages qui n’en ont pas l’air, un mélange de peinture et de fusain. C’est ce qu’on découvre en admirant la toile Excavation (1950), achetée par l’Institut d’art de Chicago.
« Cette toile, achetée par l’Institut d’Art de Chicago, représente vraiment un tournant pour sa carrière : le voilà reconnu par ses pairs. À partir de la fin des années 50, il devient une immense célébrité » poursuit Marian Cousijn.
Des allers-retours entre l’abstraction et le figuratif
Aux côtés de Jackson Pollock, il forme l’école de New York, majeure dans l’art contemporain. De Kooning se démarque par ses allers-retours assumés entre l’abstraction et le figuratif. La conservatrice raconte : « Jackson Pollock lui a d’ailleurs lancé ‘Mais tu nous as trahis ! Tu retournes aux formes figuratives ! On en a trop vu !’ »
Mais de Kooning n’arrête jamais de dessiner. Il admire Rembrandt, Ingres, Cézanne et Miró.
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Regarder ses œuvres est presque un jeu. Le spectateur y cherche une main, un œil ou un genou, c’est comme voir des nuages évanescents. « Dans toutes mes œuvres, il y a une bouche », s’amusait l’artiste. Américain d’adoption, il n’est retourné aux Pays-Bas qu’à la fin des années 60. La plupart des œuvres exposées aujourd’hui à Amsterdam proviennent des États-Unis, incluant de nombreux dessins d’une grande rareté qui ne voyagent presque jamais.
Si vous prévoyez un petit séjour à Amsterdam, vous avez jusqu’au 17 janvier 2027 pour découvrir toutes ces œuvres de Willem de Kooning.
Victoire Faure
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