Palais Garnier : Marc Chagall ou Jules-Eugène Lenepveu, la guerre des plafonds s’invite devant les tribunaux

Crédits : Onp & Jean-Pierre Delagarde/OnP

Depuis des années, la descendance de Jules-Eugène Lenepveu demande en vain que l’œuvre du peintre, réalisée en 1872 pour le plafond du Palais Garnier puis recouverte en 1964 par celle de Marc Chagall, ne soit plus invisibilisée. Un cabinet d’avocats vient d’être mandaté afin de porter l’affaire devant les tribunaux.

Au début des années 1870, l’architecte Charles Garnier, chargé d’imaginer et de construire le bâtiment qui porte son nom place de l’Opéra, avait demandé à son ami Jules-Eugène Lenepveu, peintre renommé à l’époque, de décorer le plafond de la grande salle de spectacle lyrique et chorégraphique. Intitulée « Les Muses et les Heures du jour et de la nuit » et peinte à l’huile directement sur les plaques de cuivre de la coupole, son œuvre a été classée monument historique en 1923.

Mais en 1964, sur demande du ministre de la Culture André Malraux, la fresque initiale fut recouverte par les vingt-quatre éclatantes toiles monumentales (220 m2) commandées à Marc Chagall. Ces triangles narratifs et colorés, inspirés de grands compositeurs et d’œuvres lyriques mythiques, ont été disposés sur des panneaux de résine de polyester amovibles afin de ne pas abîmer l’œuvre de Jules-Eugène Lenepveu.

Les ayants droit de Jules-Eugène Lenepveu souhaitent obtenir une alternance entre les deux œuvres

Mais, si depuis 62 ans le public du Palais Garnier peut admirer le chef d’œuvre du peintre d’origine russe, personne n’a pu voir, in situ, celui qui se cache en dessous.

C’est une des raisons pour lesquelles les ayants droit de Jules-Eugène Lenepveu, représentés par Arnaud Carayon, descendant du peintre et président de l’association des Amis de Lenepveu, se mobilisent depuis 2023.

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Ils souhaitent faire reconnaître et sortir de l’oubli l’œuvre de leur aïeul mais surtout obtenir une alternance entre les deux œuvres en profitant notamment de la fermeture du Palais Garnier pour travaux (de 2027 à 2032) pour réexaminer la situation afin de rendre le plafond de Lenepveu à nouveau visible.

Arnaud Carayon a toujours admis que « Marc Chagall a réalisé un chef d’œuvre », mais, avait-il déclaré au Podcast Journal : « Ce n’est pas pour autant que celui de Lenepveu doit être invisibilisé ». 

Des courriers adressés à Emmanuel Macron, au ministère de la Culture et aux héritiers de Marc Chagall

Des rencontres avec la direction de l’Opéra de Paris (OnP) n’ayant rien donné, Arnaud Carayon s’est résolu à interpeller par courrier Emmanuel Macron et Catherine Pégard, ministre de la Culture, sur le sujet mais n’a obtenu que des réponses polies.

Il a également reçu une fin de non-recevoir de la part de Meret Meyer, la petite-fille de Marc Chagall, représentante de sa succession, qu’il avait contactée.

Autant de démarches vaines et de portes closes qui ont conduit Arnaud Carayon à envisager une procédure juridique, rapporte The Guardian. À cet effet, il a mandaté un cabinet d’avocats spécialisé mais indique vouloir éviter de porter l’affaire devant un tribunal administratif et privilégier une action qu’il souhaite « plus simple ».

Philippe Gault

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