Langue française : Le rythme ternaire, la formule secrète des grands orateurs

iStock

Aujourd’hui, évoquons une figure de rhétorique qui a beaucoup fait parler d’elle : le rythme ternaire. Il s’agit de trois éléments qui se répondent. Tous trois sont à peu près de la même longueur, ce qui crée un effet d’emphase et favorise la mémorisation. Les orateurs de l’Antiquité lui avaient donné un nom : le tricolon.

Le plus célèbre exemple, cité dès les premiers cours de latin, est Veni, vidi, vici, la célèbre formule de Jules César : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. » César l’aurait écrite dans sa correspondance après avoir vaincu le roi Pharnace, en 47 avant Jésus-Christ.

Le fait que les trois verbes aient la même terminaison, parce qu’ils sont conjugués à la première personne du parfait, un temps du passé en latin, rend la phrase encore plus mémorable.

Qu’est-ce qui fait le succès du rythme ternaire ?

Et cette formule a perduré. Citons Abraham Lincoln, en 1863 : « Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Ou Tony Blair, en 1996 : « Éducation, éducation, éducation. » Un rythme ternaire redondant, mais efficace. Citons aussi notre devise française : « Liberté, égalité, fraternité », qui relève elle aussi du rythme ternaire.

A lire aussi

 

Pourquoi ce rythme ternaire a-t-il tant de succès ? Parce qu’avec deux éléments seulement, on obtient une simple balance. Avec quatre, on se met à compter et la tension se dilue. Trois, c’est parfait. Aristote consacre une partie du livre III de sa Rhétorique au rythme du discours. Ce rythme est essentiel pour capter l’attention de l’auditeur et l’aider à se laisser convaincre.

Faut-il l’éviter ? Surtout pas : cela reste une tournure très efficace. Il faut simplement l’employer avec parcimonie.

Karine Dijoud

Découvrez plus d’épisodes de « Et si on parlait français » !

Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?