Permettre à des personnes atteintes d’autisme sévère d’avoir un emploi, c’est l’ambition de l’association Vivre et travailler autrement. Son président Jean-François Dufresne était l’invité de l’émission Comment j’ai réussi sur Radio Classique, pour parler de son combat pour obtenir des CDI à des autistes de niveau 3. Une épatante stratégie, qui a attiré l’attention de grandes entreprises comme Barilla ou L’Oréal.
Quel type d’entreprise démarchez-vous et pour quels postes ?
« J’ai été dirigeant d’entreprise, chez Andros, une marque bien connue en France qui possède plusieurs usines. Nous leur avons confié des postes d’ouvriers. Cela m’a permis, par la suite, d’essaimer ce dispositif auquel personne ne croyait.
Tout le monde me disait : « Ce n’est pas possible, ils sont inemployables », d’autant que la plupart ne parlent pas. Mon fils n’est par exemple jamais allé à l’école. »
Les entreprises sont-elles globalement réceptives ou est-il difficile de les convaincre ?
« Globalement, elles sont très réceptives, les choses ont changé. D’une part, elles ont parfois du mal à trouver de la main-d’œuvre pour certains métiers qui peuvent parfaitement être exercés par ces jeunes. D’autre part, toute la logique RSE s’est installée dans les entreprises, en particulier les plus importantes.
Employer les personnes autistes en CDI, « la seule façon de les respecter »
C’est ainsi que nous sommes entrés chez L’Oréal, dans plusieurs maisons LVMH, chez Barilla, chez Safran, etc. Je cherche plutôt des entreprises emblématiques, car mon objectif est de changer les mentalités. Et pour cela, il faut de l’exemplarité et de la communication ».
Qu’en est-il du financement ?
« Ce ne sont pas des postes subventionnés par l’État : nous les employons en CDI, selon le droit commun. C’est la seule façon de respecter les personnes. Je ne trouve pas sain de payer les entreprises pour engager des personnes en situation de handicap. Trouver un financement est difficile, d’autant que la France fonctionne avec des canaux administratifs très rigides imposés par la loi. »
Quel est le coût de ces salariés pour l’entreprise par rapport à un salarié sans handicap ?
« Zéro. C’est exactement le même coût, cela demande juste un tout petit peu plus d’implication et de temps. »
Y a-t-il une adaptation spécifique du poste de travail ?
« Les adaptations du poste de travail sont assez minimes. En revanche, nous accompagnons les jeunes directement sur le poste. Pour cet accompagnement, nous avons besoin de subventions : les lois de 2002 et 2005 prévoient que l’État et les pouvoirs publics locaux sont tenus de financer cet accompagnement. »
700.000 autistes en France : l’ampleur du besoin
Vous avez réussi à convaincre de grands groupes et signé 65 CDI. C’est à la fois beaucoup et très peu au regard du nombre de personnes concernées…
« C’est très peu, c’est pour cela que notre combat continue. Il y a 700 000 autistes en France, et environ 200 000 adultes de niveau 3. Nous sommes devenus un dispositif officiel par une instruction ministérielle en mai 2023, et notre travail est de continuer à faire changer les mentalités. Même si 65 CDI, c’est ce que personne n’avait jamais fait auparavant, cela reste ridicule face à l’ampleur du besoin. »
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En quoi consiste concrètement l’accompagnement que vous proposez en dehors du temps de travail ?
« Les jeunes sont employés à mi-temps. Le reste du temps, nous leur apprenons ce que les parents et les institutions ne leur ont pas enseigné dans leur enfance : les gestes du quotidien, cuisiner, faire les courses, laver son linge, mais aussi le sport et les loisirs. »
Comment votre association est-elle financée ?
« Nous sommes financés par les différents accords que nous passons avec des associations locales. L’ingénierie de projet, en revanche, n’est pas financée en France, car le système ne sait pas faire. C’est un combat de tous les jours ; nous avons failli couler il y a trois ans, mais nous sommes toujours là. »
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