La « poulet-mania » s’empare des Français, les éleveurs ne peuvent plus suivre

crédit : DURAND FLORENCE/SIPA

Alors que la consommation de poulet ne cesse d’augmenter, les producteurs ont du mal à suivre la demande. Focus sur le marché de la volaille.

 

C’est un écart qui se creuse et qui commence à inquiéter dans l’industrie agroalimentaire. En effet, les Français n’ont jamais autant mangé de poulet. L’an dernier, chacun d’entre nous a consommé en moyenne 26 kilos de poulet. C’est plus du double de ce qu’on mangeait en 2000. C’est une véritable « poulet-mania », qui contraste avec le recul de la consommation des autres viandes en France.

Depuis 25 ans, on mange un peu moins de porc, même si ce produit reste la viande la plus consommée par les Français. Et surtout, on a beaucoup ralenti sur la viande bovine avec à peine 20 kilos avalés par an et par habitant.

C’est plutôt une bonne nouvelle pour l’environnement car la production de viande blanche émet moins de gaz à effet de serre que la viande rouge. Mais le problème, c’est que la production en France n’arrive pas à suivre l’explosion de la demande. Aujourd’hui, nos éleveurs de poulets ne peuvent même pas couvrir la moitié de la consommation.

Un appétit dévorant des Français pour la volaille qui profite à la Pologne

La solution pour satisfaire cette demande, c’est d’augmenter les importations. L’an dernier, la France a fait venir depuis l’étranger plus de 900 000 tonnes de poulet, soit une augmentation d’un quart des volumes si on compare à la moyenne des 5 dernières années. C’est surtout plus du double de ce qu’on est capable d’exporter.

Le solde commercial de la France dans le poulet est donc clairement négatif. Et cet appétit dévorant des Français pour la volaille, ce sont les éleveurs polonais qui en profitent le plus avec environ 1/3 de nos importations.

On se fournit également dans d’autres pays européens, mais aussi et de plus en plus en Asie, en Thaïlande notamment, et depuis peu en Chine. Car si les Chinois raffolent des pâtes, des ailes et des cuisses de poulet, ils sont en revanche un peu moins fans des filets qu’ils exportent vers l’Europe et dans des quantités de plus en plus importantes.

Les éleveurs français poussés à se concentrer sur leur propre marché

La consommation de volaille devrait rester élevée, surtout avec un pouvoir d’achat contraint qui pousse les Français à privilégier la viande blanche moins chère. On continuera donc à importer du poulet en grande quantité, mais cette situation pourrait pousser à terme les éleveurs français à se concentrer davantage sur leur propre marché.

Pendant des années, certains d’entre eux ont misé sur le grand export, avec des productions pour le Moyen-Orient par exemple. Aujourd’hui, ce modèle a vécu.

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Il devient plus intéressant économiquement pour la filière de fournir le marché français avec des produits plus haut de gamme. Cela nécessitera des investissements, et un changement aussi dans les méthodes d’élevage, mais à la fin, tout le monde pourrait y gagner, les consommateurs comme les éleveurs.

Romain Gueugneau

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