À l’approche des élections législatives israéliennes et des élections de mi-mandat américaines, Benyamin Netanyahou et Donald Trump s’apprêtent à jouer leur avenir politique. Invité de la matinale, Éric Danon, diplomate et ancien ambassadeur de France en Israël entre 2019 et 2023, analyse la relation spéciale qui lie les deux pays, les tensions qui persistent ainsi que leurs stratégies respectives. Il termine en évoquant la question d’une Europe « hors-jeu » dans cette guerre au Moyen-Orient.
Alors que les États-Unis ont qualifié récemment d’acte de terreur le siège de maisons palestiniennes par des colons israéliens, et qu’Israël a refusé le plan de désarmement signé par le Hamas et présenté par les États-Unis, Éric Danon estime qu’il s’agit de « la première vraie crise, plus ou moins stratégique, entre Trump et Netanyahou ». Si « l’alliance reste extraordinairement solide » et que les deux pays partagent les mêmes objectifs, tels que la sécurité, la lutte contre l’Iran, le renseignement et la coopération militaire, leurs dirigeants n’ont néanmoins pas les mêmes aspirations et tactiques, explique le diplomate. Benyamin Netanyahou veut prouver qu’il est capable de faire la guerre « pour le plus grand bien d’Israël ». Donald Trump, de son côté, veut mettre un terme aux guerres pour être en mesure d’affirmer aux élections de mi-mandat qu’il est « l’homme de la paix ». Le président américain est par ailleurs contraint « de montrer qu’il est en tension sur le sujet avec Netanyahou » puisque de moins en moins de Républicains et d’électeurs de la base MAGA soutiennent Israël.
Un mouvement général de « diplomatie d’autonomisation »
Éric Danon ne croit pas que Donald Trump pourrait aller jusqu’à imposer à Israël des sanctions, des menaces de sanctions ou la suspension de livraisons d’armes. L’ancien ambassadeur pense plutôt qu’il va « accélérer le passage de la loi qui permet de protéger Israël en termes de livraison d’armes pour les dix ans qui viennent ». Dans cette guerre, le président américain opère d’ailleurs un « passage du militaire à l’économie » contre l’Iran. Son objectif est donc de sanctionner tout pays qui collaborera, y compris financièrement, de près ou de loin, avec l’Iran.
Selon lui, tous les pays qui comptaient sur les États-Unis pour assurer leur défense remettent en question cette stratégie. En Israël, Benyamin Netanyahou a annoncé que le pays allait « progressivement devenir plus indépendant et autonome en matière de matériel militaire ». Dans les pays du Golfe, un accord de défense a été conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie. Et l’Europe, même si elle reste l’alliée des Américains, s’affranchit de plus en plus. On assiste à une « diplomatie d’autonomisation », observe Éric Danon.
Les menaces de Donald Trump comme « communication de déstabilisation »
Le diplomate estime par ailleurs que la récente menace de Donald Trump de bombarder Oman ne relève que de la communication et s’inscrit plus largement dans sa manière de mener des négociations : « c’est de la communication de déstabilisation », une méthode qu’il aurait héritée du secteur privé. Et d’ajouter que « rien de tout cela n’est crédible ».
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Quant à l’Europe, Éric Danon considère que son influence dans le champ stratégique et militaire s’est peu à peu érodée pour deux raisons : d’un côté, le début de cette guerre au Moyen-Orient s’est décidé sans prévenir l’Europe, la mettant « hors-jeu », de l’autre, la préoccupation européenne, notamment en matière d’armement, est entièrement tournée vers l’Ukraine. Le fait que la France ait coupé toutes relations de nature militaire ou de coopération avec Israël la marginalise également, ajoute l’ancien ambassadeur.
Maeva Mellado
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