Guerre au Moyen-Orient : « il est difficile d’imaginer un conflit long comme en Ukraine » affirme l’économiste Patrice Geoffron

Abbas/MEI/SIPA

Point de passage essentiel pour l’acheminement du pétrole mondial, le détroit d’Ormuz est presque totalement fermé depuis la fin du mois de février. Depuis, les prix ont augmenté et la perspective de baisse n’est pas au rendez-vous. Invité de la matinale, Patrice Geoffron, professeur des universités à Dauphine PSL et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, fait le point sur l’état de l’économie mondiale, qui ne s’est pas effondrée malgré le choc énergétique.

 

Alors que les négociations s’enlisent et que Donald Trump vient d’annoncer le contrôle total du détroit d’Ormuz, (l’Iran a depuis affirmé de son côté en avoir le contrôle NDR) Patrice Geoffron explique que si l’armée américaine a la capacité de bloquer les exportations iraniennes, elle ne peut pas pour autant rétablir les flux.

En effet, entre la difficulté pour les navires de s’extraire du détroit et la pression que les Houthis exercent en mer Rouge, il y a de nombreuses contraintes. « On ne voit pas très bien ce qui, à court terme, pourrait conduire à un déblocage de cette situation » déclare-t-il.

L’enjeu du pétrole exerce une pression sur Donald Trump comme sur l’Iran

Toutefois, selon l’expert, on ne peut pas envisager que la situation perdure et s’étende jusqu’en 2027. L’économie iranienne subit en effet une pression car elle dépend en assez bonne partie de sa capacité à exporter du pétrole, or, aujourd’hui, cette activité est quasiment à l’arrêt. Du côté américain, les élections de mi-mandat approchent alors que les prix des énergies et de l’essence ont augmenté, représentant une « tâche noire massive » pour le parti de Donald Trump qui avait pourtant promis d’avoir une économie dominante, notamment sur le plan énergétique. Ainsi, « il est difficile d’imaginer un conflit long comme en Ukraine », estime-t-il.

Il évoque aussi le risque d’une éventuelle fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb, sous la pression des Houthis au Yémen. Dans ce cas de figure, on verrait s’interrompre les flux qui ont vocation à aller vers l’Asie. Les navires seraient contraints de contourner l’Afrique, et les conséquences seraient immédiates : rallongement de trois semaines du temps de navigation, baisse des rotations, nouvelle flambée des prix du pétrole, des assurances des navires et, par conséquent, des prix à la pompe.

Mais, Patrice Geoffron doute « de la capacité à la fois des Iraniens et des Américains à tenir la tension sur plusieurs mois ».

En cas de réouverture du détroit d’Ormuz, « l’économie restera sous tension »

Alors que le prix du baril est de plus de 85 dollars, l’expert reste optimiste et ne renonce pas à voir un jour le baril repasser à 65 dollars, comme c’était le cas avant la guerre. Pour lui, « il y a beaucoup d’éléments qui pourraient concourir à une baisse des prix » si le conflit venait à trouver une issue acceptable, comme la réouverture du détroit d’Ormuz.

A lire aussi

 

Dans cette éventualité, de nombreux acteurs auront besoin de relancer leur production et de produire davantage pour se reconstruire. Les Émirats Arabes Unis n’ont d’ailleurs pas attendu puisqu’ils sont sortis de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), s’extrayant de la solidarité interne à l’organisation et leur donnant la possibilité d’avoir davantage de marge de manœuvre en termes d’augmentation de leur volume de production.

Malgré cela, « on aura très probablement une économie qui restera sous tension, un peu bancale », affirme-t-il, notamment en raison de la politique américaine, dont « les droits de douane vont contribuer à maintenir sans doute durablement de l’incertitude ». Résultat, l’offre augmentera, mais la demande sera moins dynamique. Dans cette situation, les prix pourraient passer à 60 ou 65 dollars, prix que l’on imaginait pour l’année 2026. Cependant, cette éventualité se réalisera « sous réserve d’avoir une paix qui soit soutenable et non pas un entre-deux comme c’est le cas depuis deux mois maintenant ».

Maeva Mellado

Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique