L’Allemagne se réarme, le tournant géopolitique européen le plus important depuis la chute du mur de Berlin

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Faire de la Bundeswehr la première armée conventionnelle d’Europe, c’est l’ambition affichée par Friedrich Merz, le chancelier allemand. Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Allemagne dépense beaucoup, et ça n’est pas forcément dans sa nature. Invité de la matinale, Alexandre Robinet-Borgomano, spécialiste de l’Allemagne et expert associé Allemagne à l’Institut Montaigne, analyse ce choix, les inquiétudes qu’il provoque et la volonté du pays de devenir plus souverain quant à ses investissements.

 

« Le réarmement allemand représente le tournant géopolitique européen le plus important depuis la chute du mur de Berlin », assure Alexandre Robinet-Borgomano. Selon l’expert, cette révolution n’est pas « en contradiction avec l’histoire allemande ».

Il explique que les inquiétudes provoquées par cette décision sont plus grandes en France et en Pologne. En France, parce que ces dernières décennies « un partage de la puissance avait été établi entre d’un côté l’Allemagne, puissance économique, et la France, puissance géopolitique et puissance militaire ». En Pologne, parce que le pays craint de se retrouver entre la puissance allemande et la puissance russe.

Mais bien que le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale se justifie, le malaise suscité « n’est pas partagé de façon équitable dans toute l’Europe », notamment par les pays baltes et scandinaves qui y voient la « possibilité pour l’Europe de s’affirmer face à la menace russe, qui est pour eux une menace directe ».

Une volonté « d’autonomisation de l’Allemagne et de l’Europe vis-à-vis des États-Unis »

Pour acquérir de nouveaux armements, « l’Allemagne met énormément d’argent sur la table », note Alexandre Robinet-Borgomano, et une grande partie du fonds de 100 milliards d’euros pour la modernisation de la Bundeswehr est déjà épuisée. Si dans un premier temps le pays a beaucoup investi dans des équipements américains extrêmement coûteux pour remplacer ceux devenus obsolètes, « ce réarmement s’inscrit très clairement dans une volonté d’autonomisation de l’Allemagne et de l’Europe vis-à-vis des États-Unis ».

La guerre en Ukraine a profondément modifié la politique intérieure allemande. L’Allemagne « avait été traversée par les courants antimilitaristes les plus profonds » en Europe et « était le pays le plus attaché à l’équilibre des finances publiques ». Mais à peine élu, le chancelier conservateur Friedrich Merz a décidé de réformer le frein à l’endettement inscrit dans la Constitution pour permettre des dépenses illimitées en matière d’armement.

Depuis 2023, « l’essentiel des dépenses se tourne vers l’industrie allemande d’armement » et l’innovation. Parmi ces entreprises :  Rheinmetall, Hensoldt, ThyssenKrupp Marine Systems ou les startups de défense tech.

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Alexandre Robinet-Borgomano observe que même si « l’Allemagne est prête aujourd’hui à entrer dans une démarche européenne sur l’industrie de défense », elle ne mentionne ni les Français ni les Britanniques dans sa dernière stratégie militaire allemande Verantwortung für Europa, traduisez « responsabilité pour l’Europe », publiée en avril dernier.

Maeva Mellado

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