C’est le sujet chaud de cette rentrée politique. Alors que la réforme des retraites avait été suspendue l’an dernier, la suivante est déjà en discussion. Président du Conseil d’orientation des retraites (COR), c’est en tant qu’économiste que Gilbert Cette a analysé la situation ce mercredi sur Radio Classique. , avec une question centrale : le système social français est-il trop généreux ?
En termes de dépenses sociales, où en est la France par rapport à ses voisins ? Gilbert Cette explique qu’en France, les dépenses sociales en euros par habitant (assurance maladie, retraites, santé et les prestations comme le RSA ou la prime d’activité notamment) sont comparables à l’Allemagne, aux Pays-Bas et aux pays nordiques et scandinaves.
Toutefois, si ces dépenses sont rapportées au PIB, la France se place en tête de ses voisins européens : 32,5 % du PIB y sont consacrés chaque année, selon le professeur d’économie à la Neoma Business School. « La France est championne » car « c’est plus que tous les autres pays européens ».
Gilbert Cette : « Dans le club des pays riches, la France est un pays pauvre »
L’économiste résume la situation : selon lui, « il faut travailler plus » et « il faut rechercher une augmentation du taux d’emploi des seniors en particulier » pour financer les retraites mais aussi la santé, l’école, la culture, la justice et la défense.
A ses yeux, repousser l’âge de départ à la retraite ne signifie pas mettre plus de personnes au chômage. L’invité de Charles Bonnaire observe qu’il n’y a pas « de substitution mécanique entre l’emploi des seniors et l’emploi des jeunes ». En 2010 et 2023, les réformes avaient permis une « augmentation considérable » du taux d’emploi des seniors et simultanément de celui des jeunes. Gilbert Cette se montre optimiste puisque « le taux d’emploi des 60-64 ans était de 10,5 % en 2000, et il est de 44 % » aujourd’hui. Mais si la France a parcouru du chemin, l’expert note que la route est encore longue car ce taux est de 67 % en Allemagne et de 69 % aux Pays-Bas.
Face au sentiment d’injustice exprimé par certains retraités, le professeur d’économie alerte : si la France n’agit pas, il sera nécessaire, dans quelques années, de répondre brutalement. Et il prévient : cela ne sera pas qu’une « petite désindexation des retraites, qu’une petite modération des dépenses de santé, qu’une petite modération des dépenses publiques ». « Plus on ajuste, on consolide tardivement nos finances publiques et plus la facture à payer sera élevée et plus la sanction de marché sera forte ».
Pour ajuster les finances publiques, un « effort collectif » est nécessaire
Gilbert Cette rappelle que le coût annuel de l’endettement des administrations publiques est de 2,4% du produit intérieur brut, ce qui représente davantage que le budget de la défense en France.
L’an prochain, le coût de la dette devrait être équivalent à celui du budget de l’éducation nationale, explique-t-il, précisant que la France emprunte désormais à des taux supérieurs à l’Italie et à la Grèce. Par conséquent, « c’est un coût absolument phénoménal », qui risque « d’augmenter de façon faramineuse » si on ne fait pas d’ajustement, insiste-t-il.
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Gilbert Cette affirme que « l’ajustement et la consolidation des finances publiques passera par un effort collectif » des retraités comme des dépenses de santé, de tous les bénéficiaires et de toutes les prestations. Pour stabiliser la dette en pourcentage du PIB, l’effort nécessaire s’élève à près de 125 milliards d’euros sur les trois à quatre prochaines années. « Tout le monde devra être sollicité », tout le monde devra participer, conclut-il.
Maeva Mellado
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