Août 44, Libération de Paris : La ruse du général Leclerc pour désobéir aux Américains et envoyer la 2e DB vers la capitale

En août 1944, le général Leclerc et la 2e DB participent à la campagne de Normandie avec un objectif qui n’est pas celui des Alliés : la libération de Paris…

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À la mi-août, certaines divisions du 15e corps poursuivent un mouvement vers le sud-est, Orléans, et se rapprochent de Paris, mais d’autres divisions restent cantonnées en Normandie. C’est le cas notamment de la 2e DB. Le général Leclerc n’a qu’une peur, c’est d’être tenu à l’écart de la libération de Paris.

Ce serait très grave, contraire à toutes les idées qu’avait avancées le général de Gaulle. Il écrit au général Patton, qui commande la 3e armée américaine, et qui est en quelque sorte le chef de Leclerc : « le commandement allié ne peut nous refuser la plus grande récompense pour nous, Français, entrer les premiers dans Paris, nous sommes prêts à faire tout ce que vous nous demanderez ». Enfin, il ajoute « nous ne voulons y entrer que 24 heures, car avant et après, nous voulons continuer à nous battre sous vos ordres ». Patton est disposé à laisser entrer Leclerc à Paris le premier, seulement si la situation militaire l’exige.

Les Américains veulent attendre avant de libérer Paris pour 3 raisons

L’Américain Bradley, l’un des commandants de la 3e armée, pense qu’il faut attendre avant d’envoyer Leclerc pour trois raisons que nous rappelle Jean-Christophe Notin, dans son Leclerc reparu chez Tempus en 2010.

« Stratégiquement, ils pensent que les Allemands vont pouvoir facilement tenir la capitale en s’appuyant sur la Seine et la Marne, et redoutent donc un Stalingrad à la sauce occidentale. Logistiquement, ils veulent s’affranchir le plus longtemps possible du fardeau considérable du ravitaillement de Paris, 3000 tonnes journalières. Politiquement, [Eisenhower] redoute d’ouvrir les portes de la capitale à de Gaulle qui de facto deviendrait l’égal de Roosevelt et de Churchill et à ce titre pourrait le commander. Alors sans doute envisage-t-il d’envoyer la 2e DB sur Paris, oui, mais à une date qui sera la plus lointaine possible. »

Et pendant que le gros de la 3e armée s’approche de Paris par le sud, la division Leclerc reçoit l’ordre de faire mouvement au nord.

L’argument militaire de De Gaulle fait mouche auprès d’Eisenhower

Dans la capitale, les événements s’accélèrent. Le 18 août, la résistance appelle à la grève générale, notamment dans la police. Rol-Tanguy, le chef des FFI, appelle, lui, à l’insurrection. De Gaulle rejoint Eisenhower à Granville et assure qu’il faut occuper Paris aussi vite que possible avec des forces françaises et alliées, car Paris ne doit pas devenir une poche de résistance allemande. Un argument militaire qui fait mouche.

Le général Leclerc sur les Champs Elysées, le 25 août 1944 / DALMAS/SIPA

 

De son côté, Leclerc n’y tient plus. Après mûre réflexion, le 21 août, il décide d’envoyer une partie de la 2e DB en direction de Paris. En toute insubordination et avec une certaine ruse, il éloigne les deux officiers de liaison américains et confie en secret à Guillebon un détachement avec cette mission : « Si une unité alliée entre dans Paris, je veux que vous entriez avec elle, vous exercerez à ma place les fonctions de gouverneur militaire, si vous pouvez entrer tout seul, n’hésitez pas, allez-y ».

La 2e DB reçoit finalement l’ordre de libérer Paris

Les Américains ne s’aperçoivent de rien. Ils ne croient pas la rumeur qui court selon laquelle les soldats français approcheraient de Paris. Et Leclerc informe les Américains le lendemain, le 22 août.

Finalement, le commandant Bradley, le second d’Eisenhower, fait savoir à Leclerc que ce dernier l’envoie justement à Paris. C’est l’insurrection parisienne qui a convaincu l’état-major.

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Bradley écrira plus tard : « un grand nombre de divisions américaines auraient bien plus facilement pu éclairer notre marche sur Paris, mais pour aider les Français à reconquérir leur fierté après quatre ans d’occupation, j’ai choisi une force française et un drapeau tricolore sur ces Sherman (les chars américains) ».

Tout l’état-major allié était convaincu que même si la 2e DB n’avait pas été choisie, Leclerc y serait allé quand même…

Franck Ferrand

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