Le comédien Pierre Arditi reprend le rôle principal dans la pièce Le Père de Florian Zeller, jouée au théâtre Edouard VII aux côtés, notamment, d’Isabelle Carré. Il succède à Robert Hirsch qui avait créé le rôle en 2012, et à Anthony Hopkins qui l’a interprété dans l’adaptation cinématographique The Father en 2020, également réalisé par Florian Zeller. Il est l’invité de la matinale de Radio classique pour en parler.
Quand on lui demande de pitcher la pièce, Pierre Arditi brosse un portrait de son personnage empreint de bienveillance : « Le père en question est un homme qui perd lentement sa lucidité, sa mémoire ; il se promène dans un monde qui n’est plus tout à fait le sien, qui traverse ce qui lui reste de vie avec sa fille, avec une autre fille qui n’est plus là, et un certain nombre d’autres gens qu’il perçoit différemment de ceux qui existent vraiment. Et puis ce qui doit arriver arrive : l’heure dite, il s’éteint en appelant sa mère et s’en va comme nous nous en iront tous. »
Qu’on ne s’y méprenne pas, l’œuvre n’a pas l’air gaie, et pourtant le public rit par moment car cet homme, André, « côtoie des choses qui sont hurluberlues et des choses plus bouleversantes » rassure-t-il.
Si Pierre Arditi tenait à jouer cette pièce, c’est d’abord parce qu’il l’a vue au théâtre, jouée par Robert Hirsh, l’une de ses idoles d’adolescence : « il était absolument merveilleux. En sortant j’étais très bouleversé. Florian Zeller était là et je lui ai interdit de remonter cette pièce sans moi. Nous avons attendu 14 ans pour qu’il m’attribue le rôle. » se souvient le comédien qui se tenait prêt toutes ces années à incarner cet homme.
Pierre Arditi : un rôle qu’il nourrit par sa propre histoire
Il souligne l’étrangeté de cette pièce qui l’émeut aux larmes bien malgré lui : « en fait, je promène dans mes valises mon père et ma mère dans cette pièce. »
David Abiker, gentiment provocateur, interroge le comédien sur les pensées qui le traversent lorsqu’il joue un homme sénile chaque soir sur scène alors qu’il a lui-même 81 ans : « il est poétique aussi ! Il a des emportements comme mon père en a eu, et je retrouve dans une phase plus émouvante, ma mère. Puisque je les convoque chaque soir, j’ai la chance de me dire qu’ils ne sont pas partis très loin. Et quand j’ai fini de jouer je les remets dans ma poche » lui répond Pierre Arditi, qui projette plus volontiers ses propres parents dans le rôle d’André, que lui-même.
La mise en scène immersive de Florian Zeller
Les trous de mémoires sont évidemment mis en scène et les séquences d’une scène à l’autre sont illustrées par un immense blackout. De fait, le spectateur ne retrouve guerre ses repères dans la scène suivante. « Les trous de mémoires sont contagieux. André est un architecte d’un imaginaire qui finit par nous faire croire que ce monde est le nôtre, c’est en cela que la pièce est bouleversante » explique-t-il.
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Dans la pièce, le rôle des gendres a ceci de particulier qu’il illustre la violence de la société vis-à-vis des personnes qui perdent la tête. Chose que Pierre Arditi a constaté lui-même dans son entourage : « j’ai vu cette cruauté d’un entourage qui, au fond, ne supporte pas ces gens qui sont à la fois là et ne le sont plus, alors même qu’un jour, eux-aussi en arriveraient peut-être là ».
Pierre Arditi et son rapport à la mort
Au détour d’une anecdote qui prête à sourire, Pierre Arditi se revendique comme athée. Aussi, il fait part de sa difficulté à se représenter le néant que la mort suppose. « Un jour j’ai demandé à ma mère « c’est quoi la mort ? ». Elle m’a répondu « c’est rien, c’est comme quand tu dors mais tu ne rêves plus ». Cette femme magnifique a pensé que ça me rassurerait ; ça m’a terrorisé pour le restant de mes jours ! » partage-t-il.
Quant à la possibilité d’être ressuscité après sa mort au cinéma par l’intelligence artificielle, il s’y oppose catégoriquement : « ça ne me plaît pas comme idée. L’IA peut servir à la médecine, mais confier à cette chose étrangère ce que l’on est soi-même, je ne suis pas client ».
Pauline Adad
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