Parlons de ces écrivains qui ont façonné la langue, soit en inventant de nouveaux termes, soit en détournant des mots de leur sens initial. C’est le cas d’André Gide, qui est à l’origine de l’expression « mise en abyme », lorsqu’elle prend son sens figuré.
En 1893, André Gide consigne dans son journal une idée qui lui plaît particulièrement : celle d’une œuvre capable de reproduire en miniature, à travers ses personnages, son propre sujet, à la manière d’un tableau dans le tableau ou d’une pièce de théâtre dans la pièce.
C’est là le principe de la mise en abyme. À l’origine, le terme désigne une petite pièce placée au centre exact d’un écu. En détournant ce sens héraldique, Gide en fait un concept littéraire à part entière. Les Faux-Monnayeurs, publié en 1925, en est un exemple parfait : le personnage d’Édouard tente d’écrire un roman intitulé Les Faux-Monnayeurs. André Gide a pris un mot qui existait déjà et l’a emmené dans un tout autre domaine.
On attribue à André Gide l’adverbe « orientalement »
André Gide a aussi créé des mots. On lui attribue par exemple l’adverbe « orientalement », employé dans La Porte étroite : « Le ciel était comme ma joie : chaud, brillant, délicatement pur ; le ciel était orientalement pur. »
Il adorait créer des termes pour explorer des concepts philosophiques ou esthétiques.
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André Gide a instauré de nombreux néologismes qui se terminent par « ance », comme ambiance ou nuisance. C’est aussi un auteur qui a défendu ardemment l’emploi de l’anglicisme « réaliser » au sens de « se rendre compte ».
Cette liberté, cette licence poétique aussi, rappellent que la langue française n’est jamais figée.
Karine Dijoud
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