Une auditrice nous a écrit au sujet de trois mots qu’elle entend souvent à la radio et qu’elle juge prétentieux ou hors de propos : déceptif, appétence et efficience. D’où viennent ces mots si souvent employés dans le monde de l’entreprise et des médias ?
Le mot efficience existe depuis le XIVe siècle !
Efficience est employé aujourd’hui à toutes les sauces, surtout dans le management. S’il vient de l’anglais efficiency, il existe pourtant en français depuis le XIVe siècle avec un sens précis : le rapport entre les résultats obtenus et les moyens employés.
Comme l’indique le Larousse en ligne, l’efficience désigne la capacité de rendement et la performance dans un domaine technique. On parle ainsi de l’efficience d’un système ou d’une machine. Le Larousse recommande de préférer le terme efficacité pour parler d’une personne, et de réserver efficient pour les objets : une machine sera efficiente, mais une personne sera efficace.
Déceptif, un néologisme tiré de l’anglais, lui-même issu du vieux français
Comme l’indique la rubrique « Dire, ne pas dire » de l’Académie française, l’adjectif déceptif est un néologisme tiré de l’anglais deceptive. On lui donne à tort le sens de décevant, alors qu’en anglais, ce mot signifie trompeur. Ce terme anglais est lui-même issu, devinez d’où ? De l’ancien français, où déception signifiait tromperie.
L’adjectif déceptif est d’ailleurs présent dans les textes médiévaux, mais il était alors associé à des mots tels que faux, cauteleux ou tricheur, ce qui relève d’un autre champ lexical.
Appétence, un terme qui désigne surtout les besoins alimentaires
Autre terme souvent souligné : appétence. Celui-ci vient du latin appetentia, qui signifie désir ardent.
Ce n’est pas un synonyme pompeux du mot envie : il désigne une attirance profonde, quasiment instinctive, pour quelque chose, notamment pour les besoins alimentaires. On évitera cependant de l’employer comme un synonyme du mot appétit. On parlera ainsi d’appétence artistique ou d’appétence de bien-être, mais pas d’appétence de croissant.
Au bout du compte, ces trois mots ne sont pas prétentieux, mais ils ne sont surtout pas toujours employés à bon escient.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?