Jean Genet en prison : enfant placé puis en colonie pénitentiaire, il a cultivé le rêve dans les ténèbres

COTTE XYZ/SIPA

« Il faut rêver longtemps pour agir avec grandeur, et le rêve se cultive dans les ténèbres » écrit Jean Genet dans Le Miracle de la rose. Pupille de l’Assistance publique, l’écrivain a beaucoup flâné, de son placement dans une famille du Morvan, jusqu’à la colonie pénitentiaire de Mettray.

Le petit Jean Genet n’a que sept mois lorsqu’il est déposé à la porte de l’hospice des enfants assistés, rue Denfert-Rochereau à Paris. Sa mère, Camille Genet, une ouvrière lingère de 22 ans, l’a laissé en pension chez une nourrice, et ne l’a pas récupéré. Le père de l’enfant, qui a plus du double de son âge, l’a abandonnée.

Cette décision a pourtant été un arrachement pour la jeune femme, qui n’arrive plus à payer la nourrice avec la petite allocation qu’elle a décrochée. Elle laisse une lettre dans laquelle elle exprime son chagrin : « j’espère qu’il sera plus heureux et qu’il pardonnera à sa pauvre maman ». Huit ans plus tard, elle meurt à 30 ans, victime de l’épidémie massive de grippe espagnole.

Jean Genet est traité avec affection par sa famille d’accueil

Pupille de l’assistance publique, Jean Genet est envoyé dans le Morvan, comme beaucoup d’autres enfants placés, surnommés « Les Petits Paris ». Ils représentent un complément de revenu pour les familles d’accueil, et participent à repeupler une région rurale. Jean arrive chez un couple de quinquagénaires, parents de deux grands enfants déjà partis, et qui gardent une petite fille. Ils le traitent avec affection.

Bon élève à l’école, il devient enfant de chœur, apprend la liturgie et organise des baptêmes de poupées. Sa mère d’accueil imagine que cet enfant calme et solitaire sera prêtre. Mais il a une manie : le chapardage. Il chipe des règles, des crayons, des dictionnaires, puis les redistribue. « Je ne peux savoir l’origine de mon goût pour le vol » écrit-il, ajoutant « à 10 ans, je volais les gens que j’aimais et dont je connaissais la pauvreté ».

Un français parfait et des vêtements choisis avec soin

Il faut dire que son statut d’enfant trouvé est très douloureux pour Jean Genet, qui ne comprend pas pourquoi sa mère biologique l’a abandonné. Il constate en parallèle qu’à chaque fois qu’il est accusé de vol, sa mère nourricière Eugénie le défend bec et ongles. A sa mort en 1922, sa fille Berthe prend le relais, mais elle est rapidement débordée, et le jeune Jean est livré à lui-même.

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Toujours aussi solitaire, il s’habille avec soin et s’exprime dans un très bon français. Il se distingue et obtient la mention Bien au certificat d’études. Malheureusement, son statut de pupille de la nation le contraint à travailler et à renoncer au collège.
Pendant cette période de déscolarisation, Jean Genet, 13 ans, lit sans arrêt, apprend seul l’anglais et même le violon ! Cet été là, il fait la connaissance d’un Italien de 18 ans, auprès de qui il découvre sa sexualité. « Abandonné par ma famille, il me semblait naturel d’aggraver cela par l’amour des garçons, et cet amour par le vol, et le vol par le crime ou la complaisance au crime » écrit-il.

Jean Genet est en train de se construire dans la marginalité, entre fugues, vagabondage et prison. Dans ce nouvel épisode des Grands Dossiers de l’Histoire, Franck Ferrand retrace la vie de l’auteur des Bonnes et de Journal d’un voleur.

 

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