Quelle est l’histoire de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski ? Le récit détaillé du ballet classique entre féerie, malédiction et amour

LIDO/SIPA

La Belle au bois dormant est l’un des plus grands ballets du répertoire classique. Créé en 1890 à Saint-Pétersbourg, il marque la première collaboration entre Piotr Ilitch Tchaïkovski et le chorégraphe Marius Petipa. Le ballet reprend le conte de Charles Perrault dans toute sa dimension féerique : une princesse maudite, un sommeil de cent ans, une forêt enchantée, un prince sauveur. Mais derrière la magie du récit, l’œuvre est souvent vue comme l’un des accomplissements les plus parfaits du ballet académique, conçu comme un hommage à la France de l’Ancien Régime.

Joyeuse agitation au palais du roi Florestan XIV autour d’un berceau : la princesse Aurore est née, et son baptême, placé sous la protection de sept fées des plus douées, enchante le royaume. Menée par la Fée des Lilas, chacune vient offrir à l’enfant un don : beauté, bonté, grâce, musique, danse… De quoi laisser présager un avenir sans fausse note à la princesse.

La cérémonie bascule avec l’arrivée de la Fée Carabosse

Seulement, quand vient le tour de la septième fée de se pencher sur le berceau, la voilà interrompue par la Fée Carabosse qui fait une entrée remarquée au Palais, furieuse de n’avoir pas été conviée, pense-t-elle, aux festivités.

Mal en a pris au majordome Catalabutte, qui a manqué à tous ses devoirs en oubliant de l’y inviter ! Il n’en fallait pas davantage pour provoquer les foudres de la méchante fée qui décide ni plus ni moins d’affubler la petite Aurore d’un mauvais sort : à ses 16 ans, elle se piquera le bout du doigt avec une aiguille et en mourra.

La Fée des Lilas, reprenant où elle en était, en profite pour atténuer la malédiction : la princesse vivra, toutefois elle sera plongée dans un sommeil long de cent ans. Seul un prince charmant, d’un baiser, pourra l’en tirer. Dès lors, le roi honnit quiconque oserait user d’un objet pointu.

Seize années ont passé, le palais se prépare à célébrer cette fois l’anniversaire d’Aurore. Pour l’occasion, ses parents, le roi et la reine, organisent une grande fête et envisagent de lui trouver un prétendant en différents princes invités à briguer la main de la jeune princesse.

Dans le même temps, la Fée Carabosse, rancunière comme un pou, ne renonce guère à sa vengeance et profite de cet évènement pour tenter de mettre sa malédiction à exécution en envoyant trois femmes en train de tricoter au beau milieu de la foule malgré l’interdiction du roi. Le grand maître de cérémonie Catalabutte s’empresse de les arrêter mais arrive trop tard : les tricoteuses malintentionnées déguerpissent sans plus tarder, laissant derrière elles leur matériel de tricot donnant lieu à un quiproquo fort fâcheux.

Trois villageoises à proximité, bien qu’innocentes, seront accusées à tort en lieu et place des tricoteuses. Le roi, courroucé de cette transgression criminelle, s’apprête à les condamner à mort, avant que l’intervention suppliante de la reine et des princes ne le fasse fléchir, lequel leur accorde sa grâce, pile avant le début officiel de la fête.

La princesse Aurore se pique le doigt et plonge dans un profond sommeil

Les quatre princes venus des plus riches pays voisins, déploient leurs trésors destinés à charmer la princesse, qui, n’étant que pureté et désintéressement, n’en a que faire : une simple fleur reçue de leur main, la touche bien davantage. C’est le moment mythique du « grand adagio à la rose », sommet technique de la danse classique où Aurore enchaine de longs équilibres en recevant successivement une rose de chaque prince.

Forte de cette observation, la Fée Carabosse adapte son piège. Profitant de la liesse générale, elle ruse pour entrer discrètement dans la cour, grimée en vieille femme, pour ainsi offrir un superbe bouquet de fleurs à Aurore, dans lequel se cache une aiguille. Aurore s’en empare avec allégresse, commence à danser avec jusqu’à ce que son doigt ne soit piqué. Elle s’effondre, partie pour un somme de cent ans.

Les quatre princes submergés par l’effroi et la colère, se ruent sans une hésitation, munis de leurs seules épées, sur Carabosse, et l’encerclent, lames pointées vers elle. Une entreprise bien vaine des vaillants princes face à la magie : Carabosse se rit de leur vengeance et les repousse d’un geste puis disparaît triomphante.

La Fée des Lilas endort tous ceux qui vivent dans le château

La Fée des Lilas apparaît pour rassurer le royaume : Aurore est juste endormie. Les parents, inquiets qu’elle se retrouve bien seule à son réveil, acceptent la suggestion de la fée de plonger l’ensemble du palais dans ce long sommeil. S’ensuit une lente marche quasi funèbre où parents et prétendants, portent Aurore vers ses appartements avant que le château ne soit plongé lui aussi dans ce sommeil séculaire, protégé d’une forêt enchantée que la fée des Lilas fait bientôt surgir.

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Cent ans plus tard, le prince Désiré — ou Florimond, selon les versions — prend part à une partie de chasse. Mais ni les divertissements de la cour ni la compagnie des jeunes femmes qui l’entourent ne parviennent à dissiper sa mélancolie. En quête d’un idéal insaisissable, il s’éloigne seul dans la forêt.

La Fée des Lilas lui apparaît alors et pour lui redonner espoir fait apparaître d’un coup de baguette, l’esprit d’Aurore devant lui. Le prince, aussitôt séduit par cette apparition, danse avec elle, jusqu’à ce que la vision ne s’évanouisse. Bouleversé, il supplie la fée de le conduire jusqu’à la princesse. À bord de sa barque enchantée, la Fée des Lilas l’emmène à travers la forêt jusqu’au château endormi, sur la musique du célèbre « Panorama ».

Noureev accentue la dimension psychologique du prince

Lorsqu’ils atteignent le château endormi, reste un dernier obstacle : Carabosse est là sur le seuil et se garde bien de les laisser entrer.
Un ultime affrontement a lieu, que des metteurs en scène comme Noureev ou Grigorovich ont transformé au fil du temps en de véritables duels physiques et magiques d’une rare intensité. Mais c’était sans compter sur la Fée des Lilas qui parvient à triompher des maléfices de la sorcière.

La voie est libre pour le prince qui découvre enfin, au cœur du poussiéreux château, Aurore endormie. Saisi par sa beauté, il lui donne un baiser – moment clef qui, selon les chorégraphes, change totalement de visage : là où la version originelle de Marius Petipa faisait la part belle à une élégance sage, celle de Rudolf Noureev transforme le rôle du prince en une prestation athlétique extrêmement exigeante, où la virtuosité physique le dispute à la tourmente psychologique -, la princesse s’éveille alors, et avec elle tout le royaume.

Place à la danse et à la magnificence ! L’intrigue résolue, le dernier acte n’est plus que pur divertissement et déploiement de faste et de virtuosité autour du mariage d’Aurore et du prince.

Autour des jeunes époux, plusieurs personnages des contes de fées de Charles Perrault sont conviés : le Chat botté, l’Oiseau bleu, le Petit Chaperon rouge, le Petit Poucet, etc… une idée d’Ivan Vsevolojsky, le directeur des théâtres impériaux et Marius Petipa. Cette galerie féerique donne lieu à une succession de danses exécutées par chaque couple, avant l’apothéose finale : le fameux grand pas de deux d’Aurore et de son prince, suivi de la bénédiction de la Fée des Lilas sur une marche majestueuse.

Pauline Adad

 

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