TCHAÏKOVSKI Piotr Ilitch

(1840-1893) Epoque Romantique

Tchaïkovski crée avec ses opéras, ses symphonies, ses concertos, une synthèse entre l’âme russe et la tradition occidentale. Le mécénat de Madame von Meck lui permet d’abandonner l’enseignement et la critique musicale pour se consacrer à la composition. Mais, malgré le succès, Tchaïkovski n’est pas heureux. Sa vie sentimentale ne sera jamais épanouie, car l’homosexualité n’est pas acceptée en Russie au XIXème siècle.

Piotr Tchaïkovski en 10 dates :

  • 1840 : naissance à Votkinsk (1200 km à l’est de Moscou)
  • 1850 : sa famille s’installe à Saint Pétersbourg.
    Tchaïkovski va pour la première fois à l’opéra (La vie pour le tsar de Glinka).
  • 1862-1865 : élève au Conservatoire de Saint Pétersbourg, après des études de droit.
  • 1866 : devient professeur au Conservatoire de Moscou.
    Symphonie n°1 “Rêves d’hiver”
  • 1868 : rencontre Balakirev et le Groupe des Cinq. Découvre Berlioz.
    Devient chroniqueur et critique musical dans des journaux.
  • 1875 : rencontre Saint-Saëns à Moscou.
    Concerto pour piano n°1 et Symphonie n°3.
  • 1876 : assiste à l’inauguration du théâtre de Bayreuth. Rencontre Wagner, Liszt et Tolstoï. Reçoit la première lettre de Mme von Meck.
    Variations sur un thème rococo, Le Lac des cygnes, Francesca da Rimini.
  • 1878 : Quitte l’enseignement pour se consacrer à la composition, grâce au mécénat de Mme von Meck.
    Concerto pour violon, Sonate pour piano, Album d’enfants pour piano, achève Eugène Onéguine.
  • 1890 : Mme von Meck cesse brutalement de le subventionner.
    Création de La Belle au bois dormant. Composition de La Dame de Pique et du Sextuor de Florence.
  • 1893 : mort à Saint-Pétersbourg

A Saint-Pétersbourg, Tchaïkovski étudie le droit mais aussi la musique

Piotr Tchaïkovski naît en 1840 à Votkinsk. Son père, industriel russe, dirige un domaine minier-sidérurgique situé dans l’Oural, à 220 km au sud-ouest de Perm. Deux enfants sont déjà nés d’un premier mariage, et quatre autres viendront par la suite. Piotr restera surtout attaché à sa petite sœur Alexandra et aux jumeaux Anatole et Modeste, comme en atteste leur correspondance. Son entourage l’incite à développer ses dons musicaux et sa curiosité littéraire. A neuf ans, Tchaïkovski s’intéresse aussi bien à Gogol qu’à Madame de Sévigné ! La famille s’installe bientôt à Saint Pétersbourg, alors capitale de la Russie. On inscrit Tchaïkovski dans un collège qui prépare à des études de droit, mais où la musique n’est pas pour autant absente. Il chante et apprend le piano. Ces études juridiques le mènent tout naturellement à entrer au Ministère de la Justice. Mais il s’y ennuie profondément. Il s’inscrit donc au tout nouveau Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où il suit les cours de composition et d’orchestration d’Anton Rubinstein. Le voilà diplômé à vingt-cinq ans et prêt à se lancer dans une carrière musicale.

Maison d’enfance de Tchaïkovski à Votkinsk

 

Professeur à Moscou et critique musical à Bayreuth, Tchaïkovski multiplie les activités musicales.

La carrière de musicien, loin d’être mal vue par sa famille comme ce fut le cas pour Schubert ou Berlioz, est au contraire encouragée par ses proches. Si bien que Tchaïkovski accepte un poste de professeur au Conservatoire de Moscou. Nous sommes en 1866 et il compose sa Première Symphonie. Deux ans plus tard, il se lance dans la critique musicale. Durant les premières années, il ne signe que par des initiales… fausses de surcroît ! Cette activité de chroniqueur le conduit néanmoins à couvrir nombre d’événements musicaux, dont l’inauguration du théâtre de Bayreuth en 1876. Ce sera le dernier reportage de Tchaïkovski journaliste. L’enseignement ne lui plaît pas davantage. Il est dépourvu de charisme, et surtout il déteste les contraintes administratives de l’établissement. Contrairement à Rimsky-Korsakov, professeur reconnu qui compte dans ses élèves Glazounov et Liadov, Tchaïkovski ne semble pas avoir eu une influence notable dans sa classe. Ce sont ses œuvres, qui marqueront durablement les compositeurs russes. Tchaïkovski abandonne donc son poste en 1878. Ce qu’il aime, c’est composer et voyager. Encore faut-il pour cela avoir de l’argent. Une femme va alors devenir providentielle.

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Concertos et symphonies fleurissent grâce au mécénat de Nadedja von Meck

Tchaïkovski reçoit un jour une lettre d’une admiratrice lui proposant un curieux marché : elle lui versera une pension et ils s’écriront très régulièrement… mais il ne devra jamais chercher à la rencontrer. Cette généreuse bienfaitrice se nomme Nadedja von Meck. Mélomane, veuve, elle est surtout très riche. Tchaïkovski n’est au demeurant pas le seul compositeur qu’elle soutiendra : Debussy a été le professeur de ses enfants, et Nikolaï Rubinstein bénéficiera également de ses subsides. Ce mécénat tombe à point nommé pour Tchaïkovski. Le compositeur peut désormais se consacrer à la composition : le Concerto pour violon, le Deuxième concerto pour piano, le Trio pour piano et cordes

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Il dédie sa Quatrième Symphonie à sa bienfaitrice qui, en plus de lui verser une rente, met aussi à sa disposition ses différentes propriétés en Europe. Si cette amitié est largement intéressée de la part de Tchaïkovski, Madame von Meck éprouve une grande affection pour le compositeur. Néanmoins lorsqu’elle apprend les tendances homosexuelles de son protégé, leur relation tourne court. Prétextant des difficultés financières – réelles ou de circonstance – elle coupe les ponts. Madame von Meck aura néanmoins apporté un soutien considérable à Tchaïkovski, au plan matériel mais aussi psychologique. Elle l’aide notamment à surmonter le fiasco de son mariage.

Baronne Nadedja von Meck

 

Le Lac des cygnes et Eugène Onéguine reflètent ses tourments intérieurs

Tchaïkovski se confie assez facilement à sa famille sur son homosexualité. En revanche, en public, il est impossible à l’époque pour quelqu’un de son milieu d’assumer au grand jour une attirance pour des individus du même sexe. Tchaïkovski doit donc donner le change. En 1868, il envisage d’épouser la cantatrice Désirée Artôt, mais celle-ci refuse. L’ouverture-fantaisie Roméo et Juliette, composée l’année suivante, illustre trois thèmes révélateurs de ses tourments intérieurs – l’amour, la mort et le destin – qu’on retrouvera à maintes reprises dans d’autres œuvres, notamment Le Lac des cygnes. En 1877, Tchaïkovski se marie avec une ancienne élève, Antonina Milukova. Mais cette union de pure convenance vire à la catastrophe. Sa femme finira dans un asile, et le compositeur manque de se suicider. L’opéra Eugène Onéguine est ainsi composé en pleine tourmente conjugale. Heureusement, grâce au soutien de Madame von Meck, Tchaïkovski part se rétablir en Suisse et en Italie. Le mariage sera finalement déclaré nul.

 

Eugène Onéguine, Scène de la lettre (A. Netrebko, Orchestre du Metropolitan Opera)

 

Compositeur russe, Tchaïkovski n’en reste pas moins fidèle à la tradition musicale occidentale

« Je suis russe, russe, russe jusqu’à la moelle des os ! ». Mais si Tchaïkovski s’inspire de mélodies folkloriques, il les insère dans un cadre occidental. Il opère ainsi une synthèse entre la tradition germano-franco-italienne et une sensibilité profondément slave. Il diffère en cela des compositeurs du Groupe des Cinq, en particulier de Moussorgsky, qui revendiquent une musique nationale russe. L’année 1867-1868 illustre bien dans la vie du compositeur cette double appartenance musicale. Tchaïkovski rencontre alors Balakirev, Rimsky-Korsakov et se rapproche du Groupe des Cinq. Mais, au même moment, il découvre les œuvres de Berlioz lors d’une tournée de ce dernier en Russie. Il s’en souviendra lorsqu’il écrira Manfred quelques années plus tard. Tchaïkovski admire aussi les talents d’orchestrateur d’un autre compositeur français : Saint-Saëns. On imagine sa joie lorsque ce dernier assiste à la création de sa Troisième Symphonie !

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Ni le succès de ses ballets, ni les voyages, ne parviennent à vaincre son mal-être

A quarante ans, Tchaïkovski est très apprécié à l’étranger. Il est même reçu Docteur Honoris Causa à Oxford. Il voyage beaucoup en Europe et jusqu’aux Etats-Unis, où il assiste à l’inauguration du Carnegie Hall en 1891. Il apprécie particulièrement l’Italie, comme en témoignent le Capriccio italien et le sextuor Souvenir de Florence. La France est aussi une des destinations privilégiées du compositeur. Comme tous les russes de la grande bourgeoisie, Tchaïkovski parle français couramment. En outre, sa mère a des origines françaises et sa gouvernante francophone a été un repère important dans son enfance. Et lorsque Tchaïkovski revoit son ancienne fiancée Désirée Artôt, il compose pour elle les Six Mélodies op.65…. en français. Son talent est tout aussi reconnu dans son pays. En 1888, le tsar lui alloue une pension à vie. Cette aide est d’autant mieux venue que le mécénat de Madame von Meck cesse deux ans plus tard. Tchaïkovski vient alors d’achever le ballet La Belle au bois dormant et l’opéra La Dame de pique, où perce sa peur de la mort. Il compose encore Casse-Noisette, des pièces pour piano, quelques mélodies. Mais son moral est atteint. Un long adagio nostalgique clôt la Symphonie n°6 dite “Pathétique”, alors que les précédentes symphonies s’achevaient en fanfare. En 1893 sévit une épidémie de choléra. Tchaïkovski a-t-il vraiment bu volontairement un verre d’eau infectée pour en finir ? Aujourd’hui, la thèse du suicide est de plus en plus privilégiée, même si les circonstances de sa mort restent assez troubles.

 

 

Concours de piano et autres hommages : Tchaïkovski est mondialement reconnu comme un génie

Outre ses symphonies et ses concertos, Tchaïkovski reste célèbre pour ses ballets. Considéré jusque-là comme une simple musique d’accompagnement, il en fait un genre à part entière où s’épanouissent son sens de la mélodie et sa science de l’orchestre. Nombre de compositeurs ultérieurs ont admiré l’œuvre de Tchaïkovski. Mahler a dirigé Eugène Onéguine du vivant du compositeur. Stravinsky lui dédiera Mavra et Le Baiser de la fée. Quant à Chostakovitch, il avouera puiser dans ses symphonies des leçons d’orchestration. Pour le centenaire de sa naissance, la maison de son enfance est réaménagée en musée, et une ville porte son nom à 35 km de là. En 1958 est ensuite créé le fameux Concours Tchaïkovski, qui voit s’affronter tous les quatre ans les meilleurs pianistes mondiaux.

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Sixtine de Gournay

 

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