DVORAK Antonin – La biographie

(1841-1904) Epoque Romantique

Créateur d’une fusion parfaite du style classique allemand avec les rythmes et la couleur des danses slaves, Dvorak s’est illustré dans tous les genres. Après Smetana, il incarne le réveil national tchèque en dépit de la domination autrichienne. Le succès universel de sa Symphonie du Nouveau Monde ne doit pas cacher une œuvre riche et variée dans la veine d’un Schubert.

 

Dvorak en 10 dates :

1841 : Naissance le 8 septembre à Nelahozeves (35 km au nord de Prague)

1865 : Écriture de sa première symphonie

1874 : bourse offerte par l’Autriche grâce à Brahms

1876 : Quatuor n° 8

1880 : création à Prague du Stabat Mater

1892 : départ pour les États-Unis

1893 : création à Carnegie Hall de la Symphonie « Du Nouveau Monde »

1896 : création à Londres du Concerto pour violoncelle

1901 : création de Rusalka au Théâtre national de Prague

1904 : mort à Prague le 1er mai

 

L’opus 1 de Dvorak est un quatuor à cordes, genre difficile entre tous, écrit à 21 ans. Il en écrira quatorze au cours de sa vie dont le célèbre Quatuor « Américain »

Premier-né d’une famille de quatorze enfants dont huit ont survécu, Antonin Dvorak est le fils d’un aubergiste et boucher qui jouait de la cithare. Son grand-père maternel était un homme de loi au service du prince Lobkowitz (la plus éminente famille de Bohème). À 6 ans, l’enfant apprend le violon avec son instituteur et fait montre de dons prodigieux pour la musique. À 11 ans, il est envoyé à Zlonice chez son oncle qui, en plus de lui apprendre l’allemand, l’initie au piano, à l’orgue et à l’harmonie. Son père accepte qu’il se destine à la musique à condition qu’il fasse des études d’orgue. À 16 ans, Dvorak entre à l’école d’orgue de Prague et gagne sa vie comme violoniste dans les bals et les restaurants. À 21 ans, il entre comme altiste à l’orchestre de l’Opéra où il est dirigé par Smetana et Wagner. Dès ce moment, il nourrit une vive passion pour la musique de Wagner, mais va lui désobéir.

 

Bien que Wagner ait décrété la mort de la symphonie, Dvorak compose sa Première à 24 ans. Il l’envoie à un concours en Allemagne qui égare la partition. Elle ne sera éditée qu’en 1961

À 30 ans, Dvorak cesse de jouer dans l’orchestre et gagne sa vie comme organiste et professeur de piano. Tombant amoureux d’une de ses élèves, il lui écrit Les Cyprès, mais elle en épouse un autre. Comme Haydn et Mozart avant lui, il se console avec la sœur qui lui donnera neuf enfants.

En 1874, il participe à un concours de composition pour obtenir une bourse de l’État autrichien et envoie deux symphonies. Brahms et son ami le critique Hanslinck font partie du jury et offrent le premier prix à Dvorak. Deux ans plus tard, Brahms écrira sa première symphonie. Il présente Dvorak à son éditeur Simrock qui lui commande des danses slaves. Éditées à la suite des Danses hongroises de Brahms, elles obtiennent un grand succès. Dvorak écrit son Quatuor n° 8, premier véritable chef-d’œuvre dans son catalogue et dédiera le neuvième à Brahms. Brahms sera toujours un soutien fidèle à Dvorak qui lui rendra visite peu avant sa mort et assistera à ses funérailles.

 

 

Après la mort de trois de ses enfants, Dvorak écrit un émouvant Stabat Mater en 1877 et obtient enfin la reconnaissance internationale, à Londres et aux États-Unis

Hans Richter lui commande sa Sixième Symphonie. Il la créera à Londres, car les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Vienne refuseront de la jouer. Dvorak se rend plusieurs fois en Angleterre où il est acclamé. Hans Richter connaîtra le plus grand succès de sa carrière en dirigeant ses Variations symphoniques. C’est pour la Royal Philharmonic Society de Londres que Dvorak écrit sa Symphonie n° 7. Grand ami de Brahms, le violoniste Joseph Joachim s’enflamme à son tour pour le talent de Dvorak. Il lui commandera un concerto pour violon (1883) que pourtant il ne jouera jamais. En 1890, Dvorak dirige la création à Prague de sa Symphonie en sol majeur n° 8, trait d’union idéal entre Schubert et Mahler. C’est aussi l’époque de grands chefs-d’œuvre comme les trios n° 3 et 4 pour piano et cordes.

 

En 1891, Dvorak devient professeur au Conservatoire de Prague, et l’année suivante on lui propose de diriger le Conservatoire de New York pour une somme mirobolante. Il part pour les États-Unis durant quatre ans

Soutenu par la riche mécène Jeannette Thuber, le Conservatoire de New York accueille des femmes et des Noirs sur son injonction. Dvorak ne tarde pas à déclarer sa passion pour la musique des Amérindiens et des Afro-américains. Joignant le geste à la parole, il écrit sa Symphonie n° 9 « Nouveau Monde » en s’inspirant des gospels et des danses peaux-rouges. La mélodie au cor anglais du Largo deviendra un second hymne américain, sous le titre « Going Home ». Dans son Quatuor « Américain », Dvorak utilise des gammes pentatoniques prisées par les Indiens, mais il réalise surtout une fusion parfaite entre des idiomes éloignés, créant une sorte de « blues de Bohême » au contenu émotionnel immédiatement universel. Commencé aux États-Unis, son Concerto pour violoncelle trahit au contraire une profonde nostalgie du sol natal.

 

 

Accueilli en héros à son retour dans son pays, Dvorak prend la direction du Conservatoire de Prague et consacre ses dernières années à édifier l’opéra national tchèque

Après avoir fait entrer dans le vocabulaire de la musique classique des danses tchèques et moraves comme la skocná, l’odzenek, le furiant, la sousedska, la spacirka et même la dumka ukrainienne, le kolo yougoslave, Dvorak livre ses dernières forces à l’art lyrique et livre son chef-d’œuvre avec Rusalka conte d’une rayonnante humanité où il retrouve la veine du Wagner de Lohengrin. Du reste, bien que proche de Brahms, Dvorak n’a jamais été un affidé de son protecteur et a même écrit des poèmes symphoniques dans la lignée d’un Franz Liszt.

Mort à Prague au moment où Puccini triomphait dans le monde avec sa Madame Butterfly, Dvorak a été beaucoup plus qu’un musicien « national ». À l’égal d’un Tchaïkovski en Russie, il a su créer un style original en mariant la musique populaire de son pays à l’architecture classique. Doté d’un sens inné de la forme et d’un don mélodique miraculeux, il a écrit de nombreux chefs-d’œuvre qui restent à découvrir, surtout en musique de chambre et dans le répertoire sacré.

 

 

Olivier Bellamy