Antonin Dvorak, amoureux de sa belle-soeur : Une déception amoureuse qui s’est traduite dans son oeuvre

MARY EVANS/SIPA

En attendant le jour où il serait un compositeur reconnu et respecté par ses pairs, le jeune Dvorak cumule les emplois de musicien d’orchestre en qualité d’altiste et de pianiste pour subvenir à ses besoins. C’est en donnant des leçons de piano à une riche famille praguoise, les Cermakova, qu’il tombe amoureux de l’aînée de la famille : Josefina. Tué dans l’œuf, cet amour aurait trouvé un second souffle dans l’œuvre du compositeur.

« On imagine le contraste avec lui, jeune homme mal fagoté, ardent et maladroit, qui arrive de sa mansarde dans ce salon bourgeois. Elle, précieuse, étincelante et coquette […] La jeune fille de la ville et le musicien de la campagne : on croirait des personnages sortis d’un conte. Mais nulle fée ne veille ici, hormis celle de la musique. » souligne Martin Mirabel dans sa biographie dédiée à Dvorak (éd. Actes Sud musiques).

Mal fagoté ou non, le compositeur tchèque, alors âgé de 23 ans, doit se rendre à l’évidence : même fou amoureux de son élève, Josefina, il n’en reste pas moins un professeur sans le sou, un homme des coins reculés de Bohême ! Un être timide et maladroit ! Si Dvorak doit faire le deuil d’une vie à deux, il trouve néanmoins le moyen d’entretenir sa flamme dans la composition.

Dvorak parvient à se rapprocher de Josefina… en épousant sa soeur

C’est ainsi qu’il réalise, en 1865, un recueil de 18 mélodies, Les Cyprès, dont le contenu littéraire pourrait faire écho au désarroi amoureux dans lequel il s’est trouvé quelques mois plus tôt : « Les poèmes déroulent l’histoire d’un amour malheureux : la rencontre, l’espoir, l’éconduite, la déception, le désespoir. Loin d’être un épithalame, ce sont des chants tristes et endeuillés » indique Martin Mirabel. Une œuvre-fleuve qu’il ne cessera de réarranger tout au long de sa vie, prenant aussi bien la forme d’un Quatuor que d’un nouveau recueil, Chants d’amour, en 1888.

Une occasion voit pourtant Dvorak se rapprocher de Josefina : le mariage avec sa sœur cadette, Anna, dont les noces seront célébrées en 1873, faisant de Josefina la belle-sœur de notre cher compositeur ! Josefina, qui, en échange, fera de son beau-frère son témoin de mariage ainsi que l’organiste attitré de la messe …

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Une autre œuvre pourrait également être associée à la passion qu’éprouvait Dvorak pour Josefina : son célèbre Concerto pour violoncelle. Apprenant la mort de sa Josefina au cours de l’année 1894, le compositeur lui aurait rendu un dernier hommage en reprenant dans le deuxième mouvement du concerto l’un des lieder préférés de son ancienne élève …  Lasst mich allein : « laisse-moi seule ».

Clément Serrano

 

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