La Flûte enchantée est le dernier opéra de Mozart, qui meurt quelques semaines après la première représentation. Jouée pour la première fois en 1791, le succès est immédiat et la centième représentation est atteinte en à peine un an. Il s’agit aujourd’hui d’un des opéras les plus joués au monde. Découvrez l’intrigante histoire de La Flûte enchantée.
Le 30 septembre 1791, La Flûte enchantée est jouée pour la première fois à Vienne et c’est Mozart lui-même qui dirige l’orchestre. Paralysé par le trac, on dit que le compositeur se serait enfui dans les coulisses à la fin du premier acte, face aux maigres applaudissements. Mais, à la fin du deuxième acte, le public est conquis et c’est un véritable triomphe.
La particularité de cet opéra ? Mozart l’a composé pour être à la portée de tous. Du public populaire des faubourgs de Vienne aux spectateurs habituels et exigeants, tout le monde s’y rend. Le librettiste Emmanuel Schikaneder est un ami de Mozart, il puise dans un conte de fées oriental, Lulu ou la flûte enchantée, extrait du recueil Dschinnistan du poète allemand Christoph Martin Wieland.
Mozart a imaginé le personnage de Papageno, un espiègle oiseleur
Tamino a 20 ans. Ce prince égyptien est un jeune homme empreint de sagesse. Alors qu’il est en voyage dans un pays inconnu, des sifflements se font entendre, un serpent s’approche de lui… Effrayé, Tamino est pris de court et tente de se défendre, mais en vain. L’animal le mord et il tombe dans les pommes.
C’est alors que trois mystérieuses femmes apparaissent et tuent le serpent pour sauver ce beau jeune homme, avant de disparaître. À son réveil, le prince égyptien fait la connaissance de l’oiseleur Papageno. Espiègle et opportuniste, il se joue de lui et se vante d’être son sauveur.

Indignées par cette mascarade, les trois femmes réapparaissent et punissent Papageno. Pour lui, habitué à jouir des plaisirs gourmands de la vie, le châtiment est cruel. En effet, il est condamné à manger, à la place de pâtisseries, des pierres, et doit renoncer au vin pour ne boire que de l’eau. Pire, notre oiseleur est muselé par un cadenas en or.
Les trois créatures, qui sont les dames d’honneur de la Reine de la Nuit, se dévoilent à Tamino, et lui montrent un portrait de la fille de la souveraine, Pamina. Frappé par sa beauté, il tombe sous le charme de cette femme aux beaux yeux noirs, aux lèvres rouges et aux cheveux blonds. Il chante avec profondeur son ravissement et son amour naissant dans le célèbre air « Dies Bildnis ist bezaubernd schön » (Ce portrait est un ravissement).
Mais elle a été enlevée à sa mère et elle est retenue captive dans le palais du grand-prêtre Sarastro, dépeint comme maléfique et tyrannique. Prenant son courage à deux mains, notre héros décide de se rendre dans son royaume pour la délivrer. La Reine de la nuit va même jusqu’à lui promettre la main de sa fille s’il parvient à ses fins.
De son côté, Papageno, attristé de ne plus pouvoir parler, promet de ne plus mentir et les trois dames le libèrent de sa sentence. Les deux hommes peuvent repartir, et se voient remettre des instruments exceptionnels aux vertus secrètes. Tamino reçoit une flûte enchantée, et Papageno un jeu de clochettes magiques. Pour finir, trois jeunes garçons leur serviront de guide tout au long de leur voyage. Ils conseillent à Tamino de rester « ferme, patient et discret ».
Papageno découvre le véritable visage de la Reine de la nuit, un des personnages les plus connus de Mozart
Au palais de Sarastro, Pamina est importunée par le serviteur maure Monostatos. C’est un homme grotesque et agressif qui n’est guidé que par ses pulsions. Toutefois, son calvaire aura une fin : alors qu’elle est seule dans sa chambre, Papageno la retrouve et lui apprend qu’un prince s’apprête à la libérer de son bourreau.
Pendant ce temps, un prêtre ouvre les yeux de Tamino sur le véritable fond de Sarastro, un être de lumière et de sagesse. La Reine de la nuit – à l’image de son nom ! – est en réalité un personnage aux sombres desseins. C’est alors que Tamino joue de sa flûte dans l’espoir que Pamina entendra ces doux sons. Si elle ne répond pas, le prince parvient toutefois à entendre l’harmonie des clochettes de Papageno. Il est rassuré de se savoir proche du but.
Alors qu’ils tentent de s’enfuir, Papageno et Pamina sont rattrapés par le serviteur Monostatos et ses esclaves. Seule issue possible pour se débarrasser de leurs bourreaux, l’oiseleur décide de jouer de son carillon magique pour les ensorceler. Une force invisible contraint subitement les ravisseurs à danser et à chanter avant de les faire disparaître. Tous deux se réjouissent de cette scène comique et célèbrent le succès permis par l’instrument magique.
Pour Tamino et Pamina, le coup de foudre est immédiat
Tout à coup, Sarastro apparaît avec une procession de prêtres. Face à eux, c’est une Pamina désolée qui demande le pardon : si elle cherchait à fuir, c’était pour se défaire de l’horrible étreinte de Monostatos. Attendri, Sarastro la rassure et amène le jeune prince auprès d’elle. Enfin réunis, le coup de foudre est mutuel entre nos deux amoureux.
C’est alors que Monostatos réapparaît avec ses esclaves, il les sépare et vante ses mérites auprès de son maître. Loin d’être dupe, Sarastro le condamne à recevoir des coups de fouet sur la plante des pieds. Pour Pamina et Tamino, le mariage est acté !

On pourrait penser que l’histoire s’arrête là, mais d’autres épreuves attendent nos héros. Tamino et Papageno doivent maintenant déchirer les ténèbres et espérer entrer dans le Temple de la Lumière, symbole de sagesse suprême. Quant à Pamina, elle retourne au palais pour attendre son bien-aimé.
Les épreuves sacrées commencent pour Tamino et Papageno
Sarastro demande aux prêtres de veiller sur Tamino car c’est un jeune homme de valeur, discret et généreux. Les prêtres s’assurent également des aspirations des amis. Celles de Tamino sont jugées nobles, il se sent prêt à se battre au péril de sa vie pour accéder à la sagesse et à vivre le grand amour avec Pamina.
Celles de Papageno, hélas, ne le sont pas. En effet, l’oiseleur estime ne pas avoir besoin de sagesse, ne vouloir jouir que des plaisirs simples de la vie et désespère de trouver un jour son amour. Il ne cherche donc ni grandeur ni sagesse. Pour le convaincre de se lancer dans les épreuves, les prêtres lui promettent sa dulcinée : la jeune et belle Papagena. Alléché par cette proposition, Papageno accepte.
La première épreuve est une quête de la Vérité. La seule et unique consigne ? Ils ont pour ordre de conserver le silence. Cependant, seul Tamino y parvient, tandis que l’oiseleur ne peut résister à parler aux trois dames d’honneurs, venues les déstabiliser. L’espiègle Papageno prend même plaisir à bavarder avec une vieille femme qui lui affirme être sa bien-aimée, mais elle disparaît avant d’avoir pu lui dire son nom, laissant Papageno désespéré. Il promet de ne plus dire un mot et de tenir bon.
Dans l’air le plus célèbre de La Flûte enchantée, La Reine de la nuit réclame vengeance
Au même moment, la Reine de la nuit, qui erre dans les galeries souterraines du Temple, parvient à rejoindre Pamina. Furieuse de ne pas avoir accès à la lumière que possède Sarastro, elle prépare sa vengeance contre l’humanité. Elle ordonne à sa fille de tuer Sarastro avec un poignard spécialement aiguisé pour lui. Si la jeune femme échoue dans son projet, elle sera reniée par sa mère, qui le lui exprime dans la mélodie dramatique « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » (La vengeance de l’enfer bout en mon cœur). Proche du cri, cet air est un des plus célèbres de Mozart.
Lorsque Pamina se retrouve face à Sarastro, elle est complètement perdue. Il appelle à la bonté de la jeune femme en lui rappelant que la vengeance est proscrite dans son royaume. Dans le choral orné « In diesen heil’gen Hallen » (En ces hauts lieux sacrés), il lui demande avec profondeur de renoncer à la violence et de garder foi en l’humanité.
Pamina pense avoir perdu l’amour de Tamino, elle songe au suicide
Attirée par les sons de la flûte enchantée, Pamina part rejoindre Tamino et Papageno, sans savoir qu’ils ont fait vœu de silence. Désemparée face à leur indifférence, elle croit avoir perdu l’amour de Tamino à tout jamais. Le désespoir est tel qu’elle songe au suicide et chante son malheur avec l’air « Ach, ich fühl’s, es ist verschwunden! » (Ah, je le sens, elle est évanouie !), empreint de tristesse et d’affliction.

Pour les prêtres, le dénouement approche et ils annoncent que le brave Tamino sera bientôt initié, ce qui n’est pas le cas de Papageno. Gai de nature, peu lui importe, tant qu’il peut continuer à profiter des plaisirs de la vie ! C’est alors que la vieille femme réapparaît et exige de lui qu’il l’épouse, qu’il renonce au monde et qu’il ne boive plus que de l’eau. Il ne manque pas de malice : il jure fidélité sans s’interdire de briser sa promesse s’il rencontre une beauté. Soudain, la vieille dame se change en séduisante apparition, mais le bonheur lui file des doigts car les prêtres estiment que Papageno n’est toujours pas digne de cet amour.
Pamina part à l’aventure avec Tamino et Papageno trouve enfin sa Papagena : le triomphe est total
Toujours traversée par des pensées suicidaires, Pamina est rassurée par les trois garçons qui lui annoncent l’avènement prochain d’une nouvelle ère, synonyme de lumière et d’amour. Elle rejoint Tamino pour le guider dans ses dernières épreuves. C’est une réelle fusion initiatique qui s’opère puisqu’ils doivent affronter ensemble les quatre éléments : l’eau, le feu, l’air et la terre. La flûte enchantée leur permet de triompher de leurs aventures !
De son côté, Papageno désespère de retrouver un jour sa Papagena, au point d’envisager de se pendre à un arbre. Les trois garçons font une ultime apparition et lui conseillent vivement d’utiliser son carillon magique, en indiquant que la solution s’y trouve peut-être. Plein d’espoir, Papageno s’en empare et sa bien-aimée vient à lui. Les deux amoureux, traversés par la joie et la timidité de se retrouver, balbutient d’émotion dans le duo sentimental bien connu « Pa-Pa-Pa ».
Finalement, Sarastro célèbre les nouveaux initiés, et fête la communion de la sagesse, de la force et de la beauté. C’est le triomphe du Soleil et de la lumière face à la Reine de la nuit et à Monostatos, devenu son allié. Les forces des Ténèbres sont engloutis à tout jamais dans les profondeurs de la terre.
La Flûte enchantée de Mozart, une œuvre aux inspirations franc-maçonnes
La Flûte enchantée, c’est à la fois un conte de fées, une histoire d’amour et une allégorie de la franc-maçonnerie. L’opéra est imprégné de pensées et de rites maçonniques explicites.
En effet, le chiffre trois est un symbole important pour la Franc-maçonnerie, et l’œuvre en est traversée. On y retrouve trois dames, trois jeunes garçons, trois esclaves, un tonnerre qui se fait entendre trois fois et un triple accord solennel qui ouvre l’opéra, ce qui n’est pas sans rappeler les coups frappés à l’entrée de la loge maçonnique.
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Les différentes étapes franchies par le héros lui permettent d’atteindre la Vérité à travers le parcours initiatique, bien connu de ses membres. Sa sagesse et ses réflexions le mènent à la connaissance de soi ainsi qu’au dévoilement. Le dévoilement, symbolisé par le renversement des rôles initialement attribués à Sarastro et à la Reine de la nuit, fait justement référence au protocole et aux rites maçonniques. L’opposition entre l’obscurantisme (la Reine de la nuit) et la lumière de la connaissance (le grand-prêtre Sarastro) fait de cet opéra une transposition de l’idéal maçonnique. La Flûte enchantée met ainsi en lumière nos questionnements sur la vie et illustre la recherche du spirituel.
Pour en savoir plus sur les liens de Mozart et la franc-maçonnerie, découvrez cet article !
Maeva Mellado
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