En 1993, une étude publiée dans Nature attise la curiosité : écouter Mozart améliorerait, brièvement, certaines performances cognitives. Très vite, l’observation est propulsée hors du laboratoire et recyclée en promesse grand public, celle d’un « boost » d’intelligence, surtout chez les bébés. Baptisée « effet Mozart », l’idée devient un phénomène médiatique, puis un argument commercial. Trente ans plus tard, que dit réellement la science, et comment le résultat d’une étude a-t-il pu se transformer en neuromythe ?
À l’origine, ce sont les travaux de Frances Rauscher, Gordon Shaw et Catherine Ky, publiés en 1993, qui constatent que des étudiants ayant écouté la Sonate pour deux pianos en ré majeur (K.448) obtiennent de meilleurs scores à un test de raisonnement spatial que d’autres participants placés dans le silence ou soumis à une relaxation guidée.
Mais l’effet est modeste et surtout très bref : il s’estompe au bout d’une quinzaine de minutes. Ce détail, central scientifiquement, se perd pourtant dans la traduction médiatique. L’amélioration ponctuelle d’une tâche spécifique devient, dans les titres et les discours, une hausse du QI, et l’idée s’installe qu’un nourrisson exposé à Mozart « prendra de l’avance ».
Mozart peut-il vraiment améliorer les capacités du cerveau ?
Dans les années 1990, l’emballement franchit même le seuil des politiques publiques : certains États américains financent la distribution de CD de musique classique aux jeunes parents. Une hypothèse circonscrite se mue alors en norme culturelle. C’est précisément le mécanisme typique d’un neuromythe : une affirmation séduisante, adossée à un vernis neuroscientifique, simplifiée à l’extrême et diffusée comme une vérité pratique.
La communauté scientifique, elle, tempère aussi rapidement que possible. En 1999, le psychologue Christopher F. Chabris publie dans Nature une méta-analyse : l’effet observé est faible, inconstant, et surtout limité à certaines tâches spatiales, sans preuve de conséquence durable sur l’intelligence générale. Autrement dit : pas de « Mozart = QI augmenté », mais un effet transitoire, contextuel.
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En 2010, Jakob Pietschnig, Martin Voracek et Anton K. Formann enfoncent le clou dans une nouvelle méta-analyse (Intelligence). Leur conclusion est plus sceptique encore : l’« effet Mozart », compris comme un avantage cognitif spécifique lié à Mozart, ne repose pas sur des preuves solides. Les gains mesurés seraient plutôt attribuables à des facteurs plus généraux, comme l’humeur, le niveau d’éveil, ou la motivation, qu’à une propriété unique de la musique du compositeur autrichien.
Comment la musique stimule le cerveau
Aujourd’hui, la plupart des chercheurs considèrent que l’« effet Mozart » au sens populaire relève du neuromythe : écouter Mozart ne rend pas durablement plus intelligent. En revanche, la musique, qu’il s’agisse de celle de Mozart ou une autre, surtout si elle est appréciée, peut moduler temporairement l’attention, l’énergie mentale et l’état émotionnel, et donc influencer certaines performances à court terme.
Daphnée Cataldo
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