La vérité sur la mort de Mozart : mystères, Requiem et dernières heures du grand génie à Vienne le 5 décembre 1791

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Il existe de très nombreux mystères sur la mort de Mozart, des théories les plus sérieuses aux plus invraisemblables. Mais quel est le véritable récit de ses dernières heures ?

À 35 ans, Mozart est un génie fatigué, qui a perdu les faveurs dont il jouissait à la cour

En 1791, la France est en pleine Révolution et l’Autriche observe la situation avec inquiétude. Dans une maison de la rue Rauhensteingasse, aujourd’hui disparue, Mozart est assis devant son pianoforte. Il a 35 ans, un visage encore relativement juvénile, et des yeux bleu-gris dans lesquels brille un éclat très particulier. Mais c’est un génie fatigué. Il vient de créer devant toute la cour sa Flûte enchantée (Die Zauberflöte), travail harassant qu’il a mené avec Emanuel Schikaneder.

Le nouvel empereur Léopold II n’est pas un grand admirateur de Mozart, contrairement à son prédécesseur Joseph II, qui en était un inconditionnel. Mozart a perdu une grande partie des faveurs dont il jouissait à la cour. Sa situation financière s’est considérablement dégradée.

Constance Mozart, jeune mère et pilier d’un foyer fragilisé

L’épouse de Mozart depuis huit ans s’appelle Constance, née Weber, elle a 29 ans. Elle allaite le petit dernier de la famille, le jeune Franz, âgé de trois mois. L’aîné, Karl, cinq ans, a été placé en pension à la campagne. C’est Constance qui gère le foyer. Les domestiques ont dû être congédiés, faute d’argent.

Les lettres que Mozart lui adresse révèlent tendresse, humour et une intimité joyeuse et enfantine, reflet fidèle de sa personnalité espiègle. Mais cette légèreté appartient désormais au passé : Wolfgang traverse une période sombre, et Constance veille sur lui avec une inquiétude croissante.

Qui a commandé le Requiem de Mozart ? Le mystère a été levé

Un soir, Mozart ouvre lui-même la porte. il n’y a plus de domestique. Sur le palier se tient un homme de grande taille, mince, habillé entièrement en noir. Il se présente comme l’émissaire d’un homme riche et puissant souhaitant commander au compositeur une œuvre pour les défunts : un Requiem, une messe des morts.

Le commanditaire entend rester anonyme. En gage de bonne foi, l’émissaire remet sur-le-champ 25 ducats d’or, une somme considérable pour un foyer en difficulté financière. Mozart accepte sans hésiter. Constance évoquera plus tard, dans ses mémoires, cet homme tout de noir vêtu qui reviendra à plusieurs reprises s’enquérir de l’avancement de la composition, alimentant ainsi bien des théories.

Le mystère sera finalement levé : le commanditaire s’appelait Franz von Walsegg, jeune comte de 28 ans, déjà veuf. Il souhaitait dédier ce Requiem à sa jeune femme disparue. Coutumier du fait, il commandait des œuvres à différents compositeurs pour ensuite se les approprier et les jouer en société. Constance refusera de respecter les termes du contrat : elle organisera ses propres représentations au bénéfice de sa famille, et l’on verra l’Empereur en personne assister au Requiem, celui de Mozart, et non de Walsegg.

La composition du Requiem de Mozart, une œuvre qui dévore son créateur

Mozart consacre désormais ses journées entières à cette composition. Il dîne et soupe dans son cabinet de travail, entouré de partitions. Son biographe Alexandre Oulibicheff témoigne : « Payé d’avance et stimulé par le désir qu’il nourrissait depuis longtemps de composer en ce genre, il travailla jour et nuit au Requiem avec une ardeur infatigable, avec un intérêt qu’aucun de ses ouvrages ne lui avait inspiré jusqu’alors, et que les progrès de son mal ne purent refroidir un moment. Ses efforts croissaient avec sa faiblesse, et chaque jour les accidents devenaient plus fréquents et plus graves. »

Constance, alarmée par ces symptômes autant que par la sombre mélancolie qui envahit progressivement son mari, tente de le distraire. Un jour, elle le convainc de sortir se promener au Prater. Assis sur un banc du parc, Mozart lui confie son trouble : pourquoi cet homme était-il vêtu de noir ? Pourquoi lui avoir commandé un Requiem ? Et si cet émissaire avait été envoyé par le ciel ? Et si Mozart composait sa propre messe des morts ? Constance écarte ces pensées, lui enjoignant de se ménager. De retour à l’appartement, il se remet immédiatement au travail.

L’agonie de Mozart : les derniers jours de novembre à décembre 1791

La fièvre s’installe, tenace et maline, transformant cet homme de 35 ans en un vieillard épuisé. S’y ajoutent des vomissements et des douleurs abdominales — tous les symptômes d’une infection rénale aiguë. Le médecin, le docteur Closset, lui recommande le repos et l’éloignement de ses partitions. Mozart l’écoute poliment, puis n’en tient aucun compte.

Aux alentours du 20 novembre, il passe une première journée entièrement alité. Le lendemain, il ne se lève pas davantage. Sa belle-sœur Sophie Weber multiplie les visites et prend parfois le petit Franz chez elle pour permettre à Constance de souffler. C’est Sophie qui nous a laissé le témoignage le plus saisissant de ces derniers jours.

Elle confectionne avec Constance une veste de nuit que Mozart peut enfiler par le devant car il ne peut plus se retourner dans son lit, tant il est gonflé. Le 3 décembre, Mozart tente d’organiser dans sa chambre une répétition du Requiem avec ses amis. Trop faible pour tenir, il fond en larmes lorsque Benedikt Schack et Franz Xaver Gerl entonnent le Lacrimosa.

La nuit du 4 au 5 décembre : « J’ai déjà le goût de la mort sur la langue »

Le 4 décembre, Sophie arrive dans l’après-midi et trouve Constance au bord du désespoir : « Hier soir, il était si malade que je pensais qu’il ne serait pas en vie ce matin. Reste avec moi, car s’il a encore un mauvais jour, il mourra ce soir. » Mozart appelle Sophie à son chevet : « Ah, chère Sophie, comme je suis heureux que tu sois là. Vous devez rester ce soir et me voir mourir. » À toutes ses tentatives de le rassurer, il répond : « J’ai déjà le goût de la mort sur la langue. »

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En début de soirée, Mozart fait venir son élève Franz Xaver Süssmayr, 25 ans, pour lui transmettre ses indications et lui permettre d’achever le Requiem. Entouré de ses proches, il aurait demandé à ses amis d’entonner les premières pages de l’œuvre inachevée. Le médecin arrive vers 22h30 et applique des compresses froides sur le front brûlant du malade — un remède malheureusement inadapté. Vers 23h, Mozart perd connaissance. À 1 heure du matin, le 5 décembre 1791, sa tête se penche contre le mur. Wolfgang Amadeus Mozart a cessé de respirer.

La nouvelle fait le tour de Vienne dès le lundi matin, avant de se répandre à travers toute l’Europe. Les funérailles, marquées par le froid, la pluie et les restrictions imposées par un décret municipal visant à endiguer une épidémie, réuniront bien peu de monde, laissant à la postérité l’image, sans doute exagérée, d’un corbillard suivi d’un seul petit chien dans les rues de Vienne.

Franck Ferrand

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