Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration de Renault et vice-président de l’Institut Montaigne, est l’invité de la matinale de Radio Classique ce lundi, pour s’adresser à une jeunesse inquiète, avec l’ambition de lui redonner espoir. Porteur de la loi PACTE, il livre son analyse sur le risque de récession, le malaise social et la nécessité de responsabiliser le pays. Il sera également à la Cité de la réussite à la Sorbonne, dont Radio Classique est partenaire, les 21 et 22 novembre prochains.
Pour Jean-Dominique Senard, si le risque de récession de la France est une réalité menaçante, il n’est pas question pour autant de s’avouer vaincu, mais au contraire de réfléchir aux issues qui s’offrent à nous. Il en compte deux sortes : « La première, qui est de nature un peu paramétrique, en donnant des décisions de court terme qui peuvent faciliter les choses. Et puis l’autre, c’est de traiter de la question de pourquoi ce malaise social existe, et comment le corriger » expose-t-il.
Ce qui implique, pour les mesures économiques, de traiter la question de la compétitivité du pays : « Le jour où nous serons compétitifs, nous pourrons commencer à nous réindustrialiser, à recréer des emplois. Et Dieu sait si c’est fondamental dans notre pays » estime-t-il. Parmi les mesures à prendre, Jean-Dominique Senard cite la TVA sociale qu’il faudrait faire reposer sur la consommation, plutôt que sur le travail, mais aussi réduire systématiquement les cotisations patronales et salariales, en les reportant sur la consommation et sur la réduction de la charge de l’État. Concernant ce dernier point, Jean-Dominique Senard est formel : « Ça prendra plus de temps, mais il faut le faire parce que ça n’a jamais été fait, et ça aura trois vertus : redonner instantanément du pouvoir d’achat aux salariés, au cœur des revendications aujourd’hui, redonner un signal formidable en France et à l’étranger sur l’attractivité de nos entreprises, et la troisième, qu’on oublie un peu, c’est que ça permettrait de tempérer le problème du déficit commercial en favorisant, en quelque sorte, les exportations par rapport à nos importations. Tout ceci est fondamental » affirme-t-il.
Jean-Dominique Senard : « la jeunesse a raison de s’inquiéter »
Quant au malaise social ambiant, Jean-Dominique Senard n’est pas surpris : « Il y a trois ans, je rendais avec Sophie Thiery (directrice de Dialogues et ex présidente de la commission travail du CESE) un rapport au gouvernement sur l’objet social de l’entreprise et la qualité du travail. À l’époque, peu de gens l’avaient lu, mais il faisait un constat extrêmement précis qui sortait par tous les pores de la peau de tout le monde social et politique que nous avions interviewé à l’époque : c’est qu’au fond, notre pays souffrait d’un immense déficit d’écoute, de respect et de reconnaissance. Et voyez-vous, ce sentiment que nos compatriotes, parfois, ne se sentent pas considérés, on le retrouve dans les problèmes qu’il y a avec le travail, on le retrouve dans le malaise social, on le trouve dans les gens qui, certes, pensent à leur pouvoir d’achat, mais pas que. Ils ont besoin d’être considérés. Il faut donc responsabiliser la France » conclut-il.
Au-delà de la question de la considération, Jean-Dominique Senard voit dans le malaise des jeunes, le poids de la dette de la France qui risque de reposer sur ses épaules mais aussi l’arrivée de l’intelligence artificielle et les questions d’environnement. « Comment voulez-vous que la jeunesse ne s’inquiète pas ? » interpelle-t-il.
Jean-Dominique Senard : le pari de l’industrie et de l’emploi
S’appuyant sur son expérience chez Renault, il est convaincu qu’un changement peut s’opérer rapidement en redonnant espoir, ainsi qu’en recréant des emplois en France. « Après tout, nous, Renault, nous avons tenté de le faire et nous le faisons en ce moment. Nous embauchons des gens à Douai pour produire la Renault 5 et la Scénic, etc. L’usine est en 3×8, on n’a jamais vu ça depuis très longtemps dans les usines d’automobile » donne-t-il à titre d’exemple pour montrer que l’on est capable de changer les choses.
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Fort de ce volontarisme industriel, le dirigeant reste convaincu que l’engagement et la confiance accordée aux entreprises permettront de bâtir un avenir résolument optimiste pour les jeunes générations.
Pauline Adad
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