« Cela fait des années que les jeunes sont mis de côté » dénonce le président de l’Université Paris Dauphine-PSL

Anton Karliner/SIPA

Dans un contexte de durcissement du mouvement lycéen et étudiant, prévu dès la rentrée des vacances de la Toussaint, qui témoigne des inquiétudes qui pèsent sur l’avenir du système éducatif, Marc Bourreau recevait ce jeudi dans les studios de Radio Classique, Bruno Bouchard, président de l’université Paris-Dauphine PSL. Ce dernier saisit ce temps d’antenne pour sommer le gouvernement de faire des annonces quant à un plan d’investissement immédiat, en rappelant l’enjeu de compétitivité et de souveraineté technologique que représente l’éducation.

 

Au cœur du malaise chez les jeunes, il y a Parcoursup, la plateforme de mise en relation entre les lycéens et les établissements qui d’après le président de l’université Paris Dauphine, cristallise le débat. Bruno Bouchard tient à le rappeler : « il faut bien définir de quoi on parle : les lycéens candidatent, la plateforme envoie les candidatures aux établissements, et les sélections se font dans les établissements. Ensuite, l’allocation des places se fait par libération en fonction des choix obtenus ».

Un système efficient au regard de ce qui était d’usage à une autre époque : « On faisait la queue pendant deux heures pour déposer son dossier papier. Il y avait une seconde session, et parfois on n’était fixés qu’à la mi-septembre. C’était ça, la situation » se souvient Bruno Bouchard, attestant qu’aujourd’hui, l’algorithme d’allocation des places, une fois que les établissements ont fait leur choix, est ce qu’il se fait de mieux.

Par-delà la question de Parcoursup, Bruno Bouchard dénonce le manque de moyens

Le problème se trouve donc ailleurs, à commencer par les stratégies d’orientation dans le choix des options liées à la réforme Blanquer.

Bruno Bouchard l’explique : « Aujourd’hui, il faut faire son propre programme et anticiper ce que l’on va prendre en fonction de l’endroit où l’on voudra candidater plus tard. Ensuite, le stress énorme pour les jeunes, c’est de savoir s’ils auront une place derrière. » détaille-t-il. Or, la vague démographique dans l’enseignement supérieur étant ce qu’elle est, il n’est là plus question de jeter l’opprobre sur l’algorithme ; il s’agit purement d’une question de places : « Tout devient hyper compétitif : même les licences censées être non-sélectives ont une certaine capacité d’accueil. Il n’y a pas de place pour tous les étudiants » regrette Bruno Bouchard.

Un phénomène qui ne va pas aller en s’améliorant : « Dans les écoles, on parle de baisse démographique et on réduit le nombre d’enseignants, ce qui n’est vraiment pas une bonne idée. Mais dans les universités, nous allons rester sur un plateau jusqu’en 2034 environ, et ce n’est qu’après que nous commencerons à voir la baisse. Il ne s’agit donc pas de réduire le nombre de places pour nous ; en fait, nous n’en avons pas assez ».

Des hausses de charges massives et des transferts de charges de l’État vers les établissements ont conduit à un étranglement financier des établissements d’enseignement supérieur publics. « Tout le monde doit savoir que ce sont les établissements qui paient leurs fonctionnaires. Quand vous touchez aux cotisations patronales pour financer les retraites, passant de 74 % du brut il y a deux ans à 82 % aujourd’hui, le choc est immense. Une université, c’est 85 à 90 % de masse salariale. Si ce n’est pas compensé par l’État, c’est un étranglement financier » s’indigne Bruno Bouchard.

« Les caisses sont vides » : Bruno Bouchard démonte un argument fallacieux

En parallèle, le ministre annonce cette année 500 millions de dotation supplémentaire mais Bruno Bouchard n’est pas dupe : « Si vous comparez à l’inflation, c’est en réalité une baisse en termes réels. La quasi-totalité des universités ont ouvert ou fini en déficit en 2024-2025, ce sera pareil en 2026. » c’est pourquoi il appelle à un investissement massif immédiat pour créer des places.

Lorsque l’exécutif rétorque que les caisses sont vides, Bruno Bouchard objecte que c’est une question de choix, et il n’est pas à court d’exemples : « Prenez le crédit impôt recherche, décrié depuis des années quant à son efficacité, c’est 8 milliards d’euros. Le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche universitaire, c’est 15 milliards. Il y a peut-être des choses à aller chercher de ce côté-là. Prenez le florilège de sociétés privées à but lucratif qui ont surfé sur les aides à l’apprentissage, qui n’ont d’école que le nom et laissent les étudiants sur le carreau avec des diplômes sans valeur : ce sont plusieurs milliards à récupérer. Prenez les deux dernières revalorisations inconditionnelles des retraites, c’est 10 milliards. Cela représente les deux tiers du budget total de l’enseignement supérieur. » énumère-t-il.

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Un comble sachant que l’éducation s’auto-finance sur le long terme avec un rendement supérieur à un. « Le problème, c’est que depuis les années 90, on a décidé de prendre une partie de cette richesse produite par l’éducation pour en faire autre chose. On a désamorcé la pompe, il faut la relancer » exhorte-t-il.

Pauline Adad

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