Nos messages privés sont-ils vraiment privés ? Ce que la technologie révèle

Sven Hoppe/DPA/SIPA

Au-delà de l’aspect politique, l’affaire Mediapart-Bardella a révélé une question technique sous-jacente. Nos messages privés sur Messenger, WhatsApp ou d’autres applications sont-ils réellement privés ? 

 

Mediapart a publié des captures d’écran de conversations datant de 2013, provenant de la messagerie Facebook Messenger et attribuées à Jordan Bardella. Le journal affirme les avoir authentifiées grâce à une extraction de données de Meta, la maison mère de Facebook, certifiée par un huissier, à partir de sources issues de l’entourage de l’intéressé. Le président du RN conteste formellement être l’auteur de ces messages. Voilà qui soulève des questions techniques qui nous concernent tous.

Les plateformes peuvent-elles accéder à nos messages ?

Cela dépend entièrement de la messagerie utilisée et de la période concernée. Le concept-clé s’appelle « le chiffrement de bout en bout« . Lorsqu’une messagerie en est dotée, le message est chiffré sur le téléphone de l’expéditeur et ne peut être déchiffré que sur celui du destinataire. Même l’entreprise qui le fait transiter ne peut pas le lire : elle ne fait que l’acheminer, sans pouvoir en connaître le contenu. C’est aujourd’hui le cas de messageries comme WhatsApp ou Signal.

Pour ces applications, l’entreprise ne peut donc pas, en principe, livrer le contenu des conversations puisqu’elle n’y a pas accès et ne les détient pas sous une forme déchiffrée.
Toutes les messageries ne fonctionnent pas de la même manière, et ce fonctionnement a pu évoluer avec le temps. Messenger, par exemple, n’a généralisé le chiffrement de bout en bout qu’en décembre 2023. Autrement dit, les messages de 2013 évoqués dans cette affaire n’étaient pas protégés : ils étaient stockés sur les serveurs de Meta sous une forme lisible et techniquement accessible.

Est-ce que nos vieux messages peuvent nous rattraper ?

Oui. Même sans que Meta ou une autre entreprise livre spontanément nos conversations, il existe un mécanisme parfaitement légal : toute personne a le droit de demander à une plateforme une copie intégrale de ses propres données. Ce droit est garanti par l’Union européenne à travers le règlement sur la protection des données. Si quelqu’un ayant participé à une conversation en demande l’extraction, il obtient légalement l’ensemble des échanges, qu’il peut ensuite transmettre à qui il veut, par exemple à un journaliste.

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Il faut donc distinguer le présent du passé. Aujourd’hui, en choisissant une messagerie chiffrée de bout en bout, on se protège de l’accès de l’entreprise elle-même, ce qui constitue un véritable progrès pour les libertés publiques et la protection de la vie privée. Mais cela ne protège ni contre les captures d’écran, qui peuvent toujours être réalisées, ni contre ce qui a été écrit par le passé sur des plateformes qui n’étaient pas chiffrées.

Globalement, le passé numérique reste exposé. Nous vivons dans un monde où l’écrit numérique doit être considéré comme quasiment éternel et potentiellement public. Ce principe vaut pour un responsable politique comme pour un cadre d’entreprise ou un adolescent. La vieille sagesse selon laquelle « les écrits restent » conserve, à l’ère du numérique, toute sa force.

Nicolas Bouzou

 

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