La dégradation de la conjoncture et le manque de visibilité sur les perspectives économiques incitent les salariés français à la prudence : 70 % d’entre eux estiment désormais qu’il est trop risqué de quitter leur emploi. C’est ce que révèle une étude récente du HP Work Relationship Index. L’heure est désormais au « job hugging », une tendance venue des États-Unis qui consiste, en français, à s’accrocher à son poste.
Après les années de « Big Quit », ou de grande démission, place aux incertitudes. Ce jour-là, à l’APEC, le thème est pourtant la reconversion. Mais parmi les cadres présents, beaucoup ont déjà fait leur choix : plus question de partir.
C’est le cas d’Axelle, 55 ans, comptable à Paris : « À 55 ans, on réfléchit à ce qu’on va faire, puisqu’il ne reste plus que dix ans. Il faudrait accepter beaucoup de contraintes, une baisse de salaire… et puis, est-ce que je vais y arriver ? »
Un renoncement qui n’a rien d’évident. Arnaud, informaticien de 59 ans, a lui aussi renoncé à partir pour conserver son niveau de rémunération.
« Mon salaire actuel est de 70 000 euros, plus la participation, l’intéressement, ce genre de choses. Retourner en province, ça voudrait dire retomber à 30 000 ou 35 000 euros, et encore. J’ai bien compris qu’il fallait faire une croix sur le salaire si on veut une meilleure qualité de vie. »
Les candidats ont changé depuis le Covid
Comme lui, beaucoup serrent les dents en attendant. Avec une conséquence directe : quand personne ne part, les postes ne se libèrent pas.
Dans son cabinet de recrutement parisien, Albane Armand le constate chaque jour : les offres se font plus rares et, depuis la fin du Covid, les candidats ont changé.
« Par le passé, on avait des candidatures de personnes qui se concentraient sur l’intérêt du poste, qui nous parlaient beaucoup de sens, de logique de carrière. On abordait la rémunération à la fin et, globalement, tout se passait bien. Ça, c’est fini. »
L’entrepreneuriat, la nouvelle voie de ceux qui quittent leur emploi
Désormais, avant de quitter un poste jugé sûr, les candidats veulent tout vérifier.
« Il y a une forte demande de sécurisation sur l’entreprise pour laquelle on recrute. Aujourd’hui, les candidats ont un accès démultiplié à l’information. Ils sont allés eux-mêmes sur Pappers (Une plateforme dédiée aux informations sur les entreprises NDR ), ils connaissent le capital social de l’entreprise. Ce sont des gens qui ne vont pas sauter sur une opportunité simplement parce qu’elle existe. »
Et ceux qui bougent malgré tout choisissent souvent une autre voie : l’entrepreneuriat. Sébastien Fromm, directeur d’un centre APEC à Paris, voit défiler des cadres chaque jour. Selon lui, le freelancing est l’une des grandes tendances des dix prochaines années.
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« On voit aussi que les entreprises anticipent un recours accru aux freelances. D’un côté, les recruteurs se disent qu’ils auront besoin d’une expertise pendant un temps limité ; de l’autre, certaines personnes se disent : “Cette expertise, je l’ai, et je vais la vendre avec davantage de valeur ajoutée en étant freelance qu’en étant salariée.” »
Selon une étude de Prism’emploi, le nombre de micro-entrepreneurs a doublé depuis 2008. Ils sont aujourd’hui 4 millions.
Timothé Marouzé
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