« Une femme, c’était un peu le diable » — Dictionnaire amoureux du Vatican insolite de Caroline Pigozzi

L'EST REPUBLICAIN

Caroline Pigozzi, journaliste et grand reporter, est la vaticaniste française la plus connue et la plus reconnue. Dans son Dictionnaire amoureux, elle plonge le lecteur au cœur d’un Vatican aussi personnel qu’insolite et inédit.

Les liens privilégiés que Caroline Pigozzi a noués, notamment avec les papes Jean-Paul II et François, nourrissent son Dictionnaire amoureux de souvenirs aussi forts qu’émouvants. Elle nous conduit par ailleurs à la rencontre des hommes et des femmes incontournables et souvent méconnus qui font vivre le Saint-Siège, et nous fait découvrir lieux et monuments incontournables.
Elle nous raconte ici un autre Vatican et nous dévoile de l’intérieur le fonctionnement de cet Etat souverain de quarante-quatre hectares, haut lieu de la spiritualité et du recueillement, où règnent l’intelligence, la culture, la sainte prudence et le goût du secret.
Vie quotidienne, fonctionnement de l’Eglise de Rome, révolutions de palais, élection du Prince des Apôtres… sont décrites dans le détail, avec des portraits des principaux acteurs du Saint-Siège. Anecdotes et souvenirs personnel inédits, confidences personnelles des papes, évêques et cardinaux plongent le lecteur au cœur d’un univers plein de surprises…

Chloé Juhel s’est entretenue avec Caroline Pigozzi. 

Chloé Juhel : Caroline Pigozzi, bonjour.

Caroline Pigozzi : Bonjour.

Chloé Juhel : Vous êtes écrivain, vous êtes journaliste, grand reporter. Vous publiez le Dictionnaire amoureux du Vatican insolite, le fruit de 32 années de reportage, de voyage et de confidences. Comment vous avez réussi à percer ce cercle si codifié, secret et masculin ?

C. P. : Bon, d’abord, je connaissais bien Rome parce que j’ai été à l’école à Rome. On avait un père qui est devenu cardinal. Et puis, j’ai beaucoup respiré l’air des lieux parce que j’allais place Saint-Pierre. J’étais fascinée par la beauté de cette place. Et je me suis dit, un jour, j’entrerai là par la grande porte. C’est une ambition.

C. J. : Et donc, comment vous avez réussi à percer ce cercle fermé ?

C. P. : Bah, il y avait pas de femme à l’époque, donc, si vous voulez, il y avait pas tellement de concurrence. En même temps, c’était un objet bizarre, une femme. C’était un peu comme une girafe qui se promènerait dans la ville. Il faut aller là où les hommes ne vont pas, être très observatrice. Et il faut aussi beaucoup de temps, puisque vous insistez sur le temps de l’Église, qui n’est pas le temps des journalistes.

C. J. : Quel a été votre plus grand défi de patience pour obtenir un accès ou une confirmation ?

C. P. : Ah, ça a été d’entrer chez Jean-Paul II à l’époque. Ça a été très long. C’était assister à beaucoup de messes, observer d’abord qui étaient les personnages importants, où le pape posait son regard. C’est ça ce qui était essentiel. Quel garde suisse il regardait, quel cardinal… Et une fois que j’avais compris qui étaient les personnages stratégiques, d’approcher d’abord les personnages stratégiques pour finalement arriver au pape.

C. J. : Vous avez approché l’intimité de Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Comment vous pourriez définir assez sommairement, si vous pouvez, leur style, leur rapport au pouvoir et à la solitude ?

C. P. : Le pape Jean-Paul II, il regardait les gens dans les yeux, et il avait ce regard incroyable. C’était comme les aigles, il voyait très loin. Le pape Benoît XVI, il était d’une gentillesse désarmante. Il était très calme, mais il était très timide, donc il fallait passer au-dessus et l’encourager à parler. En plus, il parlait très lentement, très doucement. Il disait toujours des choses particulièrement intelligentes. Mais une femme, c’était un peu le diable. Il avait vu deux femmes dans sa vie, c’était sa mère et sa sœur. Et donc, il était pas très à l’aise avec les femmes. Très gentil, mais pas très à l’aise.

C. J. : Vous évoquez aussi bien sûr les coulisses insolites, c’est dans l’intitulé de votre ouvrage, les détails matériels, les anecdotes. Pourquoi était-il crucial pour vous par exemple de parler du supermarché l’Annona, qui est un supermarché détaxé où les cardinaux font la queue ?

C. P. : Bah, pour montrer que ils vivent quand même un tout petit peu comme tout le monde. Ils font leur marché, ils font leurs courses, ils sont gourmands. Donc, il y a un département gâteaux qui est fantastique. Donc, c’est pour montrer que ils ont aussi les mêmes faiblesses que nous autres humains. La gourmandise, ça existe pour tout le monde.

C. J. : Caroline Pigozzi, merci. Je rappelle donc la sortie de ce Dictionnaire amoureux du Vatican insolite chez Plon.

 

Le Dictionnaire amoureux du Vatican Insolite par Caroline Pigozzi – Editions PLON