Thierry Lhermitte : « aujourd’hui, on admire les influenceurs plutôt que les chercheurs »

Laurent VU/SIPA

Comédien, metteur en scène, producteur, indissociable de la troupe du Splendid, Thierry Lhermitte est l’invité de la matinale de Radio Classique au micro de Marc Bourreau pour évoquer son livre d’un tout autre registre, Passeur de sciences, Mon voyage au pays de la recherche médicale, aux éditions Albin Michel – dont les droits d’auteur sont versés à la Fondation pour la recherche médicale – un récit de ses rencontres et découvertes en tant que parrain de cette même fondation. En parallèle de cette actualité littéraire, un retour sur scène est prévu dès novembre pour un spectacle écrit par Charles Pépin et mis en scène par Steve Suissa, La Rencontre, au Studio des Champs-Élysées.

 

Issu d’une famille de grands médecins, le vif intérêt de Thierry Lhermitte pour la médecine a vraiment commencé grâce au Téléthon : Parrain à deux reprises, il s’est trouvé une passion pour les sciences de la vie au travers des patients mais aussi des chercheurs : « Les deux m’ont bouleversé. Je ne connaissais pas cette fondation qui distribue aujourd’hui entre 50 et 60 millions par an, 400 projets de recherche par an. C’est vraiment un financeur très important de la recherche dans tous les domaines de la recherche médicale » confie-t-il.

Un intérêt qui le conduit depuis 20 ans à sillonner plus de 110 laboratoires pour en parler, parmi lesquels des expériences et rencontres marquantes qu’il raconte dans son livre : « J’ai rencontré un des premiers mecs qui a eu la rétine artificielle, voilà sur quel chemin extraordinaire on est. J’ai vu une jeune femme née sans utérus qui a eu l’utérus de sa propre mère greffé. Elle a eu un bébé magnifique. C’était une première en France, une deuxième dans le monde. J’ai vu que des trucs extraordinaires. »

Thierry Lhermitte : « à une époque la science était admirée par le grand public »

Parfois même, le comédien s’est prêté au rôle de cobaye pour certaines expériences : « J’étais plusieurs fois dans des IRM pour étudier le choix : qu’est-ce qui fait qu’on préfère ceci à cela ? J’étais dans une expérience, également, pour montrer ce que c’était que la BPCO (Bronchopneumopathie chronique obstructive), on vous met un masque qui rend difficile d’inspirer petit à petit, et voilà ce que vivent les gens qui en sont atteints. C’est vraiment une maladie horrible, parce que, quand on étouffe, on pense qu’on va mourir dans les secondes qui viennent » témoigne-t-il.

Si la France a connu par le passé des figures emblématiques parmi les chercheurs (René Frydman avec le premier bébé éprouvette mais aussi Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi pour le SIDA), force est de constater que ce n’est plus le cas aujourd’hui : « On s’est mis à admirer les influenceurs plutôt que les chercheurs. C’est un travers de la société qui est bien triste » déplore Thierry Lhermitte. Il observe désormais une certaine défiance à l’encontre de la recherche alimentée par les fake news : « Les gens qui ne connaissent rien donnent des avis sur tout. C’est déplorable, mais c’est comme ça » ajoute-t-il..

« Avant le Splendid, je ne m’intéressais à rien » relate Thierry Lhermitte

Les rencontres déterminantes, Thierry Lhermitte les partage aussi à la scène. A l’affiche d’un spectacle sobrement intitulé La rencontre, adapté du livre éponyme du philosophe Charles Pépin, il revient sur les liens qui ont marqué sa vie, avec un postulat : il y a ceux que l’on croise et ceux que l’on rencontre. « Un croisement, c’est très bien, on passe de bons moments, on se sent moins seuls. Une rencontre, c’est plus que ça. Quand on rencontre quelqu’un, on change au moins un peu. » distingue-t-il. Un spectacle au cours duquel il raconte quelques anecdotes de sa vie, dont sa rencontre avec ses camarades du Splendid, au lycée à 15 ans, qui a bouleversé son existence.

 

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Gérard Jugnot lui a parlé d’Éluard, il lui a fait écouter du Bob Dylan, et l’a ouvert au cinéma de Buñuel… Thierry Lhermitte dans ce spectacle, rend hommage au Splendid, une bande de copains qui n’a cessé d’élargir ses horizons : « Grâce à eux, aujourd’hui, tout m’intéresse, tout, tout, tout. Il n’y a guère de domaines qui échappent à ma curiosité. Dans le spectacle, il y a un extrait de Stefan Zweig qui raconte sa rencontre avec Émile Verhaeren, le poète belge, et dit de lui « quand on le rencontrait, on sentait s’animer sa propre volonté de vivre ». Voilà ce que j’ai senti, moi, s’animer, quand j’ai rencontré mes copains. Tout d’un coup, la vie devient intéressante, l’avenir s’ouvre devant moi, même pas professionnellement, mais juste l’intérêt pour la vie » conclut-il.

Pauline Adad

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