Ces petites explosions verbales qui fusent lorsqu’on est surpris ou contrarié ont un nom savant : les interjections. Ce terme lui-même est porteur de sens, puisqu’il vient du latin iacere, qui signifie « jeter », et du préfixe inter, « entre ». Une interjection est donc un mot jeté entre les autres, de façon soudaine et parfois incontrôlable.
Zut, apparu au XVIIIe siècle : le substitut mignon à des jurons plus grossiers
« Zut » est apparu au XVIII᷾ siècle. Les linguistes n’ont pas établi de consensus sur son origine. Certains y voient une déformation de sus, une interjection d’encouragement ; d’autres pensent qu’il imite simplement un son bref et claqué, comme un bouchon qui saute. Ce dont on est certain, c’est qu’il s’est imposé comme substitut à des jurons bien plus grossiers.
Fichtre, né au XVIIe siècle, la déformation d’un blasphème
« Fichtre » appartient à ce que les linguistes appellent un juron euphémique : un juron qui atténue la rudesse des propos. Apparu au XVII᷾ siècle, il est issu d’une déformation volontaire d’un blasphème que l’on n’osait plus prononcer. C’est exactement le même mécanisme que pour « parbleu », déformation de « par Dieu ».
Saperlipopette : l’interjection à rallonge
« Saperlipopette » est une interjection construite par accumulation. On y retrouve « sapristi », lui aussi évoqué dans la tradition des jurons déguisés — notamment associé au capitaine Haddock —, et qui constitue un blasphème masqué pour remplacer « sacré Christ ».
La langue y a simplement ajouté des syllabes aux sonorités amusantes, amplifiant l’effet comique sans alourdir le propos.
Bon sang de bonsoir : la contamination phonétique
Cette expression révèle un mécanisme différent : la contamination phonétique. « Bon sang » est lui-même une euphémisation de « bon sang de Dieu ».
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Quant à « bonsoir », il n’est arrivé là qu’en raison de sa ressemblance sonore avec « bon sang ». Ces expressions peuvent sembler absurdes, mais elles témoignent en réalité d’une sophistication phonétique remarquable.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?