Langue française : sacrebleu, cornegidouille, crisiti… les jurons oubliés que Brassens a rendus immortels

GALMICHE/TF1/SIPA

Prononcer le mot de Cambronne ou un terme commençant par un « P » et finissant par un « N » dans une conversation ordinaire pourrait surprendre. Mais ajoutez une guitare et une moustache, et ces mêmes mots deviennent du patrimoine national. Rendons donc hommage à Georges Brassens, conservateur en chef des gros mots, dont le génie consistait à sublimer la langue de la colère.

 

Georges Brassens nous lègue une véritable poésie de la colère, un florilège savoureux de gros mots et d’insultes élevés au rang d’art. Dans La Ronde des jurons, il réunit une collection de termes devenus rares : morbleu, ventrebleu, sacrebleu, cornegidouille, jarnibleu et palsambleu. Mais pourquoi tant de « bleu » ?

 

À l’époque, prononcer le nom de Dieu était considéré comme un péché. Le mot « bleu » servait alors de substitut pudique.

Ainsi, morbleu permet d’éviter le blasphème explicite : il signifie « mort de Dieu ». Ventrebleu signifie « par le ventre de Dieu ». Sacrebleu, quant à lui, correspond à « sacré Dieu ». Jarnibleu est une forme plus altérée : c’est une déformation euphémique du juron « je renie Dieu ». Enfin, palsambleu signifie par « le sang de Dieu ».

Cornegidouille, un juron littéraire ravivé par Georges Brassens

Parmi ces termes, cornegidouille mérite une mention particulière. Ce juron, qui exprime la colère ou l’étonnement, a été inventé de toutes pièces par Alfred Jarry dans sa pièce Ubu Roi, où le personnage d’Ubu s’exclame : « Cornegidouille, je suis le roi peut-être ? »

Georges Brassens poursuit sa galerie avec d’autres pépites : cristi, ventre-saint-gris, par ma barbe, nom d’une pipe, sapristi et sacristi.
Cristi est un juron familier et abrégé, variante moins usitée de sapristi, qui exprime la surprise ou la contrariété. Sapristi est lui-même une corruption du mot sacristie, formé d’après « sacre ». Quant à ventre-saint-gris, il s’agit d’un euphémisme pour ventre-Dieu, avec l’emploi du nom fantaisiste saint-gris.

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Georges Brassens nous a appris qu’un mot cru, choisi avec justesse, est moins vulgaire qu’un discours hypocrite. Aussi, si vous vous cognez l’orteil contre un coin de table, évitez le terme commençant par « P » et finissant par « N » — et proférez plutôt un bon jarnicoton : ce mot d’initié soulage tout autant, avec infiniment plus de style.

Karine Dijoud

 

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