La jeune génération a opéré une révolution silencieuse : elle a décidé que les voyelles étaient un luxe. Ainsi, si vous recevez un message de votre neveu vous écrivant TFK, ne vous alarmez pas. Il vous demande simplement : tu fais quoi ? Trois mots, trois lettres. L’essentiel, et rien de plus.
Cette disparition des voyelles n’est pas un phénomène nouveau. La langue française a toujours évolué vers une économie de syllabes et de mots. Ce sont les terminaisons et les voyelles qui disparaissent en premier : c’est ce mécanisme qui a transformé le latin tempus en temps, ou encore digitus en doigt. Les voyelles s’effacent, mais les consonnes demeurent, d’où ces lettres muettes qui persistent à la fin de nombreux mots français.
Dans les messages de la nouvelle génération, le phénomène va cependant plus loin : ce ne sont plus seulement des syllabes qui s’évaporent, mais des mots entiers. Seules les initiales survivent.
De CDK à WW, le dictionnaire des initiales de la Gen Z
Parmi les abréviations les plus fréquemment employées, on trouve :
- JSP — je sais pas : le ne de la négation a disparu, comme souvent dans la langue orale ici retranscrite et abrégée.
- JPP — dont le sens a évolué : il y a une quinzaine d’années, l’expression signifiait j’en peux plus ; aujourd’hui, les jeunes l’utilisent dans le sens de je peux pas, toujours avec cette même disparition du ne.
- CDK — ça dit quoi ?
- LSTMB — laisse tomber
- VZY — vas-y
- W — ouais, et même WW pour ouais ouais, soit l’acquiescement poli et légèrement distrait.
- RAV — rien à voir, une des abréviations les plus courantes.
La langue française est-elle menacée par cette invasion d’abréviations ?
On pourrait s’inquiéter de ces évolutions pour la langue française. Pourtant, les puristes de l’an 1200 s’alarmaient déjà de la dégradation du latin.
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La langue ne se perd pas : elle mue. Tant que les adolescents savent redéployer ce vocabulaire réduit aux initiales en dehors de leurs conversations écrites, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. JSP si vous êtes convaincus — mais la langue, elle, s’en sortira.
Karine Dijoud
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