Langue française : « Tchu lui as dji ? » L’affrication, ce tic qui existe depuis l’Antiquité qu’on emploie sans le savoir

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L’affrication est phénomène phonétique qui désigne le processus par lequel une consonne simple se transforme en un son double, plus complexe et plus explosif. Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas les seuls concernés. Nous le pratiquons tous au quotidien, parfois sans le savoir.

 

Une phrase parue dans Libération en janvier 2024 illustre parfaitement le phénomène : « Amandjine mange à la cantchine. » Au Québec, l’affrication est particulièrement perceptible. Lorsqu’on prononce tu ou dimanche, le et le D placés devant les voyelles I et se transforment : tu devient tsou, di devient dzi. Il ne s’agit ni d’un défaut, ni d’un accent folklorique, mais bien d’un phénomène linguistique documenté et analysé.

Le terme affrication est issu du latin affricare — avec deux « f » — signifiant frotter contre. Il désigne un mode d’articulation des consonnes reposant sur deux temps successifs : d’abord une obstruction du passage de l’air dans le conduit vocal (l’occlusion, qui donne les sons T et D), immédiatement suivie d’un resserrement de ce même conduit (la constriction, qui produit les sons tch et dj).

En France, l’affrication vient du sud, et en particulier de Marseille

L’affrication est un puissant moteur de l’évolution des langues. L’allemand en offre de nombreux exemples : le p latin de pater est ainsi devenu le pf de Pfeffer (le poivre) ; le t de two en anglais a donné zwo en allemand, puis zwei (deux). Les consonnes bougent, glissent et s’enrichissent au fil du temps.

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En France, le phénomène s’intensifie depuis les années 1980 et suscite même des polémiques. Cette prononciation, originaire du sud de la France — notamment de Marseille — gagne progressivement du terrain. Elle est aujourd’hui de plus en plus perceptible chez les jeunes générations. Adoptera-t-on tous cette prononciation un jour ? Rien n’est moins sûr. La langue et la prononciation sont pleines de surprises. Dans le cadre de l’enseignement, il convient toutefois de signaler aux élèves lorsqu’ils s’écartent de la prononciation attendue.

Karine Dijoud

 

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