Le français adore nous piéger. Certains mots donnent l’impression d’être tranquilles, bien écrits, mais au moment de les prononcer, ils nous mettent en difficulté. Explications.
1 – Le cas de « monsieur », une évolution historique
À l’écrit, on lit « monsieur », mais à l’oral, cela donne « meusieur ». Pourquoi ? Monsieur est un mot proclitique, c’est-à-dire que sa prononciation dépend du mot qui le suit. Son orthographe comme sa prononciation ont évolué au fil du temps. Le « mon » a laissé la place à « mo » (« môssieu »), puis à « meu » (« meusieur »). Il s’agissait aussi de casser les codes de l’Ancien Régime. Sa prononciation résulte donc d’une évolution phonétique, mais l’orthographe n’a pas suivi.
2 – Le mystère du mot « femme », un glissement phonétique
Pourquoi prononce-t-on « femme » avec le son « a » et non le son « è », comme dans « flemme » par exemple ? Il s’agit d’une évolution linguistique séculaire, façonnée par l’usage populaire, mais aussi par les transformations phonétiques et la tradition écrite.
Ce mot vient du latin femina. Il se prononçait d’abord « fé-ème » et s’écrivait feme ou femme. Le « è » long s’est progressivement transformé en un son nasal, ce qui donne « fan-m » – comme à Toulouse. Puis il est devenu le « a » clair que nous connaissons aujourd’hui : « famme ». C’est un glissement phonétique que l’on observe souvent en français.
Mais l’orthographe est restée inchangée. La population était majoritairement illettrée. Les érudits, quant à eux, ont conservé l’orthographe traditionnelle et défendu la graphie héritée du latin. C’est donc un symbole supplémentaire de la tension entre tradition écrite et modernité orale.
3 – Almanach : avec ou sans le « ch » final ?
Poursuivons avec quelques erreurs de prononciation fréquentes. Rappelons toutefois que lorsqu’une erreur devient trop récurrente et qu’elle est partagée par tous, elle finit par devenir la norme.
Un almanach, c’est toujours pratique. Il accompagne en général nos résolutions de début d’année. Il s’agit d’un annuaire, d’une publication ayant plus ou moins pour base le calendrier. Vous connaissez donc l’almanach Vermot, mais il existe aussi Quatre Saisons, une année de langue française, ouvrage que j’ai écrit et qui vous permet de vous accompagner chaque jour en vous faisant découvrir les merveilles du français. En tout cas : almanach est censé se prononcer sans le « ch » final.
4 – Antienne : attention au piège du « t »
Le terme « antienne » s’écrit avec un « t », mais il doit se prononcer comme le mot « antenne ». Sinon, on risquerait une confusion avec l’adjectif féminin « ancienne ». Une antienne est, dans le vocabulaire religieux, un refrain liturgique repris par le chœur entre chaque verset d’un psaume. C’est aussi, au sens figuré, une chose que l’on répète, que l’on ressasse.
5 – Quasi et quasiment : pas de « couasi »
On doit dire « quasi » et « quasiment », et non pas « couasi » comme on peut l’entendre parfois.
6 – Ratiociner : un « t » qui se prononce « ss »
Le verbe « ratiociner » signifie se perdre en raisonnements trop subtils et interminables. Le « t » se prononce comme s’il y avait deux « s ». Cela vient du mot latin ratio, la raison, mais en français, on ne prononce pas le « t » comme en latin. C’est pourquoi on parle d’un « ratio » (rassio) en mathématiques ou en finance.
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7 – Pétiole : le « t » se prononce comme dans ratio, les botanistes le savent
En botanique, le pétiole est la partie rétrécie de certaines feuilles vers la tige, ce qui relie la feuille à la tige en somme. Il se prononce avec le son « ss », ce qui donne « péssiole ».
Enfin, sachez qu’on ne prononce pas le « s » dans « tandis que » !
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?