Langue française : De la « cuisse de nymphe émue » au « caca dauphin », découvrez les noms de ces couleurs oubliées

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Au XVIIIe siècle, la palette chromatique française était d’une richesse insoupçonnée. Tandis que les classes populaires portaient des couleurs sombres, moins salissantes, la cour du roi s’enflammait pour une véritable explosion de teintes, avec une prédilection marquée pour les roses et les violets. Ces couleurs portaient des noms aussi poétiques qu’inattendus, témoignant d’une époque où chaque nuance racontait une histoire.

« La cuisse de nymphe émue », hommage à la mythologie grecque

Cette couleur a remporté un succès considérable au XVIIIe siècle. Il s’agit d’un rose pâle tirant sur le blanc, dont le nom vient d’une variété de rose blanche légèrement rosée. L’appellation fait référence aux nymphes, ces créatures de la mythologie grecque qui peuplent les eaux et les forêts.

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Un nom qui ne manque pas d’évoquer l’esprit libertin de l’époque.

« L’Opéra brûlé » rappelle un terrible évènement du XVIIIe siècle

Cette teinte trouve son origine dans un événement tragique : l’incendie de l’Opéra du Palais-Royal en 1781, causé par l’embrasement d’un décor. De cet événement sont nées plusieurs nuances de gris : « Feu d’Opéra », « Opéra Tison » ou encore « Fumée d’Opéra », immortalisant ainsi cette catastrophe dans la mode de l’époque.

Le « caca dauphin » pour célébrer la naissance d’un fils de Louis XVI

Aussi surprenant que son nom puisse paraître, cette couleur apparaît en 1781 à l’occasion de la naissance de Louis-Joseph, fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI. Il s’agit d’une nuance proche du caca d’oie, tirant davantage sur le jaune, qui fait effectivement référence à la couleur des selles du nouveau-né royal.

La famille des puces, inventée par Rose Bertin, couturière de Marie-Antoinette

Toute une déclinaison chromatique s’est développée autour des puces : vieille puce, ventre de puce, cuisse de puce. Cette mode est née le jour où Marie-Antoinette arbora une robe en taffetas violet brunâtre. Louis XVI se serait alors écrié en la découvrant : « C’est la couleur des puces ! » Rose Bertin, la célèbre couturière de la reine, déclina ensuite cette teinte en plusieurs variantes. La « vieille puce » était un marron clair tirant sur l’ocre, le « ventre de puce » se caractérisait par un brun-rouge, tandis que la « cuisse de puce » affichait un marron clair.

Ces appellations colorées témoignent d’une époque où la mode et le langage se mêlaient avec créativité et audace, transformant les événements du quotidien en références chromatiques pérennes.

Profitons-en pour clarifier l’accord des adjectifs de couleur. S’il y a une chose à retenir, c’est que les adjectifs de couleur s’accordent rarement. Ils ne s’accordent que s’ils ne correspondent pas à un nom, c’est-à-dire s’ils sont uniquement adjectifs. Voici des exemples de mots qui correspondent à des noms et qui ne s’accordent pas :

  • Des pulls marron (au singulier, sous-entendu : de la couleur du marron)
  • Des robes orange (au singulier, sous-entendu : de la couleur de l’orange)

Les six exceptions

Il existe toutefois six adjectifs qui correspondent à des noms mais qui s’accordent : écarlate, mauve, pourpre, incarnat, fauve et rose.

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Ces règles d’accord, bien que complexes, témoignent de la richesse et de la précision de la langue française. Et pour répondre à la question : oui, quand Maxime Le Forestier parle d’une « maison bleue » dans sa chanson San Francisco, bleu s’écrit bien avec un « e » final. Là, on est tranquille.

Karine Dijoud

Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?