Jean de La Fontaine : Découvrez l’histoire surprenante du poète libertin qui se cache derrière « Le Corbeau et le renard »

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Qui n’a jamais récité « Le Corbeau et le renard » ou « La Cigale et la fourmi » à l’école ou devant des amis ? Depuis plus de trois siècles, Jean de La Fontaine fait partie du panthéon littéraire français, mais derrière ses animaux bavards et ses morales malicieuses visant les hommes, le pouvoir et la société, se cache un personnage bien plus surprenant qu’on ne l’imagine.

Né en 1621 à Château-Thierry, en Champagne, La Fontaine n’a rien d’un enfant modèle. Fils d’un maître des eaux et forêts, un métier parfait pour inspirer des histoires de loups, de grenouilles et de renards. Mais il préfère la rêverie à la discipline. A l’école il s’ennuie, chez les Oratoriens il ne tient pas en place, et les études de droit le laissent de marbre. Cependant, ce qui le passionne : les livres, la poésie, la philosophie, et surtout la liberté. Très vite, il se forge une culture solide, mais indocile, en lisant Platon, Esope ou Plutarque… Un parcours peu classique d’un garçon du XVIIe siècle.

Côté vie privée, La Fontaine n’est pas du genre à rentrer dans les cases. Marié jeune à une femme qu’il connaît à peine, père absent puisqu’il élève son fils à distance, il papillonne de plaisirs en amitiés, loin des modèles bien sages de son époque. Joueur invétéré, libertin assumé, souvent distrait, il préfère les salons littéraires aux responsabilités familiales. Il mène une vie de bohème avant l’heure, faite de rencontres, de lectures et de soupers, bien loin des ambitions sociales et des honneurs officiels. Mais c’est justement ce goût de l’indépendance et de l’insolence qui fera toute la saveur de ses fables.

La Fontaine, proche de Fouquet, paie cher son indépendance

Son heure de gloire arrive quand il croise la route de Nicolas Fouquet, le ministre le plus fastueux du royaume. A Vaux-le-Vicomte, il mène la vie dont il a toujours rêvé : poésie, fêtes, reconnaissance… Fouquet, grand mécène, perçoit tout de suite le talent du poète et lui offre un refuge idéal pour écrire. Mais la fête est de courte durée : Fouquet tombe en disgrâce, victime de la jalousie de Louis XIV.

Fidèle à son protecteur, La Fontaine paie cher son indépendance. Il reste longtemps persona non grata à la cour, et la méfiance de Colbert du Roi-Soleil l’empêche de briller. Qu’à cela ne tienne, il trouve refuge auprès de femmes brillantes comme Madame de La Sablière, qui lui offrent toit, inspiration et liberté. Cette marginalité nourrit son regard distancié sur le pouvoir et les hommes

Le triomphe des fables et l’ironie de La Fontaine

Avant d’être le maître des fables, La Fontaine a tout essayé : théâtre, récits mythologiques, livrets d’opéra… sans jamais réussir. Mais chaque tentative affine sa plume, jusqu’au déclic. En 1668, il publie ses Fables choisies et c’est le succès immédiat. Derrière les animaux, c’est toute la comédie humaine qui défile. Entre les rois tyranniques, les faibles rusés, les puissants ridicules… La Fontaine observe, ironise, et laisse chacun tirer la morale à sa sauce. Pas de leçon toute faite, un clin d’œil complice au lecteur. Sa langue est souple, son art du récit bref, son ironie feutrée… Il suggère plus qu’il n’impose, et c’est là que réside la modernité de son œuvre.

Certains, comme Rousseau, lui reprocheront ses morales trop subtiles ou pas assez sages pour les enfants. Mais ce sont bien ces critères qui font le charme de La Fontaine. Ses fables parlent à tous les âges, et ses animaux, bien plus humains que nature, sont là pour nous tendre un miroir. Derrière la sagesse du fabuliste, c’est l’esprit d’un homme libre et impertinent qui continue de nous faire sourire et réfléchir.

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Jean de La Fontaine s’éteint en 1695, mais ses fables, elles, n’ont pas pris une ride. Toujours récitées, parodiées, redécouvertes, elles traversent les siècles. Sans éclat ni grandiloquence, La Fontaine demeure l’un des écrivains les plus présents dans l’imaginaire collectif. Plus qu’un poète, il est un compagnon de route qui nous invite, fable après fable, à regarder la vie avec un brin de malice et beaucoup de lucidité.

Franck Ferrand

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