« La protection sociale française est allée un peu trop loin par rapport à ce que l’économie peut produire » s’indigne Nicolas Dufourcq

ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Alors que le budget 2026 doit bientôt être voté, la taxe Zucman révèle la complexité du débat public sur la réduction de la dette et semble être un frein au statut d’entrepreneur. Invité de la matinale, Nicolas Dufourcq, directeur général de BPI France, a livré une analyse sans détour sur l’état économique et social du pays.

Nicolas Dufourcq condamne fermement la taxe Zucman, visant à prélever davantage sur les grandes fortunes et le capital. Selon lui, « l’entrepreneur prend tellement de risques personnels pour lui et sa famille. […] Créer une boîte, c’est extrêmement difficile, vous manquez de mourir dix fois… Et si vous avez un patrimoine de plus de 100 millions d’euros, quelqu’un vous prend 2 % tous les ans… Comment voulez-vous que la personne ait envie de créer sa boîte en France ? » Il rappelle que le taux moyen de taxation de la valeur ajoutée entrepreneuriale est déjà l’un des plus élevés d’Europe : « 21 % en France contre 12% en Allemagne. » Un différentiel qui, selon lui, pèse lourdement sur la compétitivité et sur la psychologie des dirigeants : « l’entrepreneur est d’abord une machine émotionnelle et psychologique. Si la bulle d’encouragement dans laquelle il évolue crève, parce qu’elle est attaquée de toutes part, il s’arrête. »

Pour le directeur général de BPI France, la France vit au-dessus de ses moyens. « La protection sociale française, la plus généreuse d’Europe, est allée un peu trop loin par rapport à ce que l’économie peut produire. » Il dénonce le fait que des dépenses sociales courantes soient financées par la dette, ce qu’il juge « moralement inadmissible » : « On ne peut pas payer la baguette de la semaine avec la dette que rembourseront nos petits-enfants. C’est honteux. » Selon lui, l’Etat-providence fonctionne « comme un cheval dopé à la dette », galopant devant l’économie réelle : « l’économie a sa rège d’or, une entreprise qui dépense plus qu’elle ne gagne, meurt. L’Etat-providence, lui, n’a pas de règle d’or. »

« On a mis les Français dans une sorte de maison du désespoir »

L’invité de David Abiker évoque une crise morale et psychologique profonde au sein de la société : « on a mis les Français dans une sorte de maison du désespoir. » Il distingue plusieurs formes de découragement : la première, celle des jeunes, est la peur de ne jamais avoir de retraite ; la seconde, chez les plus âgés, est le sentiment d’avoir assez donné et de mériter un départ anticipé. Or, le constat est implacable : la démographie s’effondre. « En 2029, il y aura 600 000 élèves de moins dans le primaire qu’en 2024. L’effondrement démographique a commencé. »

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Face à cette transformation structurelle, Nicolas Dufourcq appelle à une « révolution anthropologique » : « en 2035, un Français sur six aura plus de 75 ans. Donc le cadre intellectuel, moral, mental, philosophique de l’Etat-providence français doit complétement changer. » Il plaide pour une société qui valorise davantage le travail des seniors : « il faut permettre aux Français, en pleine possession de leurs moyens, entre 60 et 65 ans, de continuer à travailler. »

Daphnée Cataldo

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