Dette publique : « La taxe Zucman n’a aucun sens, elle risque d’affaiblir notre appareil productif » affirme Jean Peyrelevade

MEIGNEUX/SIPA

La chute de François Bayrou et la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon n’effacent pas l’un des plus grands défis de la France : la dette publique. Invité de la matinale, Jean Peyrelevade, banquier et auteur de Réformer la France (Odile Jacob), dresse un constat et propose ses pistes pour éviter la poursuite du déclin.  

« Nous avons un problème grave, plus grave que ce que les Français pensent : la dette », prévient l’ancien président du Crédit Lyonnais. Il reconnaît un mérite à François Bayrou : avoir osé souligner la gravité de la situation économique française. Pendant des années, la France aurait profité d’un contexte favorable : « La dette coûtait peu cher, les taux d’intérêt étaient plus bas que le taux de croissance.  […] l’évolution naturelle des choses font qu’il y a de la marge de jeu », explique-t-il. Aujourd’hui, le contexte s’est renversé. Avec la remontée durable des taux d’intérêt, désormais supérieurs à la croissance, « la dette française va peser de plus en plus lourd […], si on ne fait rien, on va vers une catastrophe. »

Pour Jean Peyrelevade, il est temps de rompre avec la facilité budgétaire : « l’État a, pendant des décennies, financé des dépenses sociales avec de la dette. On ne peut plus. Le budget doit désormais être en excédent primaire, c’est-à-dire que les recettes couvrent toutes les dépenses, hors intérêts de la dette. » Il insiste sur la transformation nécessaire du rôle de l’État : « Jusqu’à présent, il donnait plus que ce qu’il prenait. Maintenant, il doit passer à une fonction inverse. » Son diagnostic est tranchant : « la totalité du déficit budgétaire […] est dû aux dépenses sociales », tout en plaidant pour la réduction des aides aux entreprises : « le taux de prélèvement, qui pèse sur les entreprises, est supérieur à toute l’Europe. Il faut les alléger. »

Tous les Français mis à contribution

Qui doit payer ? « Tous les Français doivent participer à l’effort. Bien entendu, à commencer par les riches », affirme-t-il. Mais il rejette catégoriquement la « taxe Zucman », proposée par l’économiste Gabriel Zucman et soutenue par une partie de la gauche, qui prévoit de taxer à 2% les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. « Cette taxe n’a strictement aucun sens, elle contribuerait à affaiblir encore plus notre appareil productif », estime-t-il. Il se montre tout aussi critique vis-à-vis du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, qu’il qualifie de « pire que tout le monde. Il est pour la taxe Zucman, et pour faire payer davantage les entreprises. Il nie la réalité. »

 

A lire aussi

 

Jean Peyrelevade, qui se définit comme social-démocrate, mais reste sévère envers la gauche et les syndicats qu’il accuse de véhiculer l’idéologie suivante : « travailler moins pour gagner plus », n’attend pas de solution miracle du nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Le mieux qui puisse lui arriver, c’est de réussir là où Bayrou a échoué : mettre en place une succession de petites mesures qui, additionnées, permettent de gagner une année de budget. Mais je ne crois pas qu’il ait la capacité de traiter les problèmes de fonds évoqués. »

Daphnée Cataldo

Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique