La REF (Rencontre des Entrepreneurs de France), la traditionnelle université d’été du MEDEF, a ouvert ses portes ce mercredi 27 août. Après l’annonce de François Bayrou d’engager sa responsabilité le 8 septembre, l’inquiétude et la méfiance des chefs d’entreprise se mesurent très concrètement : en deux séances, le CAC 40 a perdu 3%. Invité de la matinale, Emmanuel Combe, économiste, estime que l’instabilité politique coûte à l’économie et aux entreprises.
Le Medef (Mouvement des entreprises de France) tient son université d’été ce mercredi et jeudi en pleine crise politique après la décision de François Bayrou de demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale le 8 septembre. Le président du Medef, Patrick Martin, juge « courageuse » l’alerte émise par François Bayrou sur la situation des finances publiques.
Les partis de gauche, les écologistes et le Rassemblement National ont d’ores et déjà annoncé qu’ils voteraient contre. Pour Emmanuel Combe, cette instabilité politique va bouleverser la croissance française : « L’instabilité politique actuelle a des répercussions directes sur l’économie, et toutes les études le démontrent, car plus souvent vous changez, moins vous pouvez réformer, et à la fin, cela se traduira par une baisse du PIB. »
D’après lui, cela représente un véritable frein au développement des entreprises : « En termes d’investissement, il faut que l’on soit capable de se projeter sur l’avenir, or, à l’heure actuelle, on ne sait même pas ce qu’il va se passer dans les 6 prochains mois. Il est clair que ce sera un frein à notre croissance, mais aussi pour les investisseurs étrangers. Il y a une étude qui dit que, depuis la dissolution en 2024, des projets qui devaient se concrétiser en France nous sont passés sous le nez parce que les investisseurs préfèrent signer avec un pays à la politique stable. »
L’Europe face à Donald Trump : entre incertitudes économiques et tensions commerciales
En réponse à l’instabilité ambiante, les entreprises ont freiné leurs investissements, gelé les embauches, et comme le vote du budget a été décalé, les commandes ont aussi été freinées. Mais pour Emmanuel Combe, le budget 2026 ne serait pas le seul facteur d’incertitude : « Au niveau du commerce mondial, l’Europe vient à peine de signer son accord sur la taxe à 15% sur toutes leurs exportations aux États-Unis. Le problème, c’est qu’à peine l’encre est séchée que Donald Trump engage une nouvelle procédure sur les meubles importés au motif que les États-Unis importent trop de meubles de l’étranger. Là, on fait un constat alarmant : il n’y a plus de règles du jeu et la signature d’un contrat n’a plus aucune valeur. »
Dimanche 27 juillet, Donald Trump avait conclu les négociations avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en disant que « c’est le plus grand deal à avoir jamais été passé. »
Pourtant, pour l’économiste, l’Europe aurait dû faire preuve de plus de fermeté : « Pour moi, si vous cédez à la première négociation, vous céderez à celle d’après aussi. C’est dommage parce qu’on en avait les moyens, on aurait pu reprendre la rhétorique de Trump qui dit que le commerce mondial est déloyal car il a un déficit commercial avec l’Europe, mais on aurait très bien pu répondre que c’est aussi notre cas avec les États-Unis dans le secteur des services. Mais comme on n’a pas utilisé cet argument dès le départ, maintenant, on se retrouve en position de faiblesse. »
La fin du multilatéralisme ?
« Pour moi, le multilatéralisme est mort », affirme Emmanuel Combe. Ce concept, utilisé dans le champ des relations internationales, se traduit par la coopération de trois États au moins dans le but d’instaurer des règles communes.
Mais pour l’économiste, depuis l’instauration des droits de douane du président américain Donald Trump, c’est maintenant une chose révolue : « Ce mode d’organisation est né en 1947 avec un article 1 qui s’appelle la clause de la nation la plus favorisée : tu traiteras un pays et les autres pays de la même manière, mais avec les droits de douane sur les autres pays, de fait, le multilatéralisme est quasiment mort. »
A lire aussi
Actuellement, la balance commerciale européenne a baissé de plus de 30% en moins d’un mois. D’après Emmanuel Combe, l’Europe est la grande perdante de cette bataille : « C’est simple, on vient de perdre la bataille des idées. Dans notre logique, on est toujours gagnant-gagnant même si on perd, mais Trump vient de tout renverser et nous emmène tous dans sa propre logique qui est qu’il gagne toujours contre l’autre. »
Alessandra Wyak
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique